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«Accusé(e)». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Clément Baal, Lucas Biscombe. Et avec Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Romane Savoie, Mathilde Toubeau. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 23-10-2020, 18h30) (Captation vidéo vue le 27-11-2020)+++

27 Nov

Que ce soit à «La Clarencière» ou au «Théo»,
Au «Verbe Fou» ou au «Sham’s», il n’est pas trop tôt
Pour dénoncer l’impunité des crimes odieux
Lacérant la chair des femmes à la face des dieux.

Adam apparaît, comme sorti d’un tableau,
Portant, lui seul, l’apocalypse sur son dos.
Il semble crouler sous le mal d’un tel fardeau
Et détenir la clef qui livrera les mots.

Vu que «toute action a une répercussion»,
Quel est alors le sens de la satisfaction ?
Au total, «toute chose engendre quelque chose»
Et est la conséquence de ce que l’on ose.
A travers un raisonnement mathématique,
Il explique les mécanismes et les déclics
Du «viol sur mineure sous soumission chimique»,
Tel le GHB qui endort le sens critique.

«Il s’excite dans la souffrance de sa proie»
Se délectant de son refus, de son effroi.
La victime, toujours dénigrée, dégradée,
Comme une menteuse est encore regardée.

Elle poursuit ses études sans grande peine,
Ses notes montrent «une excellente comédienne».
Le procès devient une insurmontable épreuve,
C’est elle qui doit rendre des comptes et des preuves.

Un discours qui la met en infériorité
Dès qu’on examine son intériorité.
«Avez-vous montré des signes distincts de refus» ?
L’humiliation, vécue une énième fois, la tue !

Avec de tels agissements, déposer plainte
Relève du parcours du combattant, éreinte
Et annihile le peu de confiance en soi
Faiblement exprimé, d’une petite voix.

Pour oublier, faut-il résolument se taire ?
Quand l’injuste procès ravive le martyre,
On comprend celles qui ne peuvent plus sentir
Le poids des calomnies qui font rentrer sous terre,
Ravivent les blessures et rendent impossibles
Joie et cicatrisation de la femme cible.
«C’est encore moi qui la domine» et la défie ;
«Je sens malgré tout à quel point je la terrifie».

«Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?»
«Comment je me sens, Madame ?»
«On m’a volé mes souvenirs,»
«On m’a volé mon adolescence»
«Et on m’a projetée à l’âge adulte.»
«Et depuis quand être adulte,»
«C’est se faire violer ?»
«Madame, cette nuit-là,»
«Je me suis demandé»
«Pourquoi il ne m’avait pas tuée»
«Et j’ai vraiment souhaité qu’il l’ait fait.»

«Je ne ressens rien», comme dans un éternel somme,
Qu’ «une haine incommensurable de tous les hommes».
«Impossible de se regarder dans un miroir»
«Sans se sentir laide» et «sale», emplie de désespoir,
Pénétrée de culpabilité, aussi de «crasse»
Indélébile qui occupe toute la place.

La sensation de «mutilation» permanente
Reste à jamais gravée en terreur persistante.
Les «envies suicidaires» et «cauchemars» atroces,
Les «crises d’angoisse» de plus en plus féroces,
Le besoin d’amour désormais inatteignable
Tant on sombre et se perd dans un vide insondable.

«Parole contre parole […] aux yeux de la loi,»
«Çà ne répond à rien» qui fasse vraiment foi.
Sans preuve irréfutable,
Il n’est point de coupable.

Et le procès devient celui de la victime
A laquelle, l’ordre de se taire, on intime.
Contre les offenses,
La loi du silence.

«Je t’ai violée et je ne le regrette pas» ;
(Au tribunal, il ne le répétera pas)
(Debout, à la barre, toujours il le niera)
Ôter le goût de vivre en est le résultat.
Pour parvenir à «se pardonner» à soi-même,
Encore faut-il, qu’un tout petit peu, on s’aime …
Pour elle, cela pose à jamais un problème.

Prise par surprise,
Elle est sous l’emprise
D’un «profiteur» malfaisant
Qui l’a réduite à néant.

Le rédempteur, c’est Adam,
Celui qui va de l’avant,
La conscience qui soutient
Quand il ne reste plus rien.

Le jeune coupable a quitté
La salle d’audience acquitté
Car il n’a cessé d’accuser
La jeune innocente abusée.
Victime ridiculisée,
Refrain souvent utilisé
Pour d’autres proies toujours viser.
Responsabilité usée
D’un jury devenu risée,
Complice de n’avoir osé
Laver son jugement crotté.

Un sujet crucial
Contre la brutale
Arme génitale,
Aux femmes, fatale,
Car l’homme immoral,
En bête anormale,
Détruit quand il râle,
Se croyant vrai mâle,
N’étant qu’animal.

Au viol, s’ajoute un terrible et second outrage,
Celui que fait subir la justice en naufrage
Qui anéantit la femme que l’on dégage,
Balayant son innocence avec force rage.

De victime, on la charge et finit «Accusée»
D’être tout simplement une femme à baiser
Car l’homme trouve naturel de l’abuser.
De quoi se plaint-elle ? Il l’a si bien honorée
Que, toute sa vie, l’horreur va la submerger,
La déchirure à vif, plus jamais réparée.
Peur, douleur et honte, en elle, vont gamberger,
La plonger dans un monde toujours séparé
De ce qu’aurait dû être sa vie à l’orée …

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
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