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Archives de Catégorie: Avignon 2021

«Home. Morceau de nature en ruine».  Projet, Mise en scène Magrit Coulon. Avec Carole Adolff, Anaïs Aouat, Tom Geels. Par la «Compagnie Wozu». (Avignon, 03-07-2021, 10H00)★★

Une salle d’attente meublée du silence     
Qui va filtrer les bruits qui ont de l’importance,      
Ceux de toutes les parties du corps en souffrance     
Dans une solitude de désespérance.     

Des mimiques où s’exprime toute la douleur      
Du passé et des souvenirs qui s’en échappent.      
Chaque geste compte, prenant une autre ampleur,     
Et se décompose en maints détails qui vous happent.      

Une tristesse joyeuse d’un quotidien     
Sans avenir se mime sur le parchemin     
De leur vieux visage et de leurs tremblantes mains.     
Des déjections alimentaires forment un lien     
Sur lequel se trace un éphémère chemin.     

Un reportage issu de maison de retraite,     
Découpé, assemblé en forme de saynètes     
Au vécu habilement travaillé en prise     
Directe avec les réalités des surprises     
Que l’on découvre encore au «Théâtre des Doms».    
Justesse drôle de ce spectacle au bon ton.      

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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«Chaplin, 1939». Écriture, Mise en scène Cliff Paillé. Avec Romain Arnaud-Kneisky, Swan Starosta, Alexandre Cattez. (Paris, 11-06-2021, 19h00)★★★ (Festival d’Avignon 2021)

«Comédie Bastille», et puis «Roseau Teinturiers»,      
Charlie Chaplin     
Rejoue le spleen     
De la création qui va délier poings et pieds.     

Il veut «s’attaquer à la racine du mal»,     
Démonter «la folie du pouvoir» anormal.       
«La peur … cimente les masses» qui obéissent,      
Unies dans la haine quand elles en finissent     
Par dénoncer tous les voisins qu’elles maudissent.      
La pluie gazeuse tombe sur ceux qui subissent.         

Ils regorgent d’un réel talent, ces trois acteurs     
Retraçant la genèse du film «Le Dictateur».    
«Pieds nus dans les coulisses, tête dans les étoiles»,      
«Tu es mon pied dans l’enfance, Charlot», lèves un voile     
Pudique et fraternel qui se déchire dans l’air.      
«Je viens de heurter ma folie à celle d’Hitler».         

Plaisir de retrouver la superbe écriture     
De Cliff Paillé dans de nouvelles aventures     
Qui, en automne, au «Théâtre Le Lucernaire»     
Frapperont les esprits comme un coup de tonnerre. 
      
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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«Et c’est un sentiment qu’il faut que nous combattions je crois». Écriture (collective), Mise en scène, Jeu David Farjon. Et avec Samuel Cahu, Magali Chovet, Sylvain Fontimpe, Ydire Saïdi, Paule Schwoerer. Par la «Compagnie Légendes Urbaines». (Paris, 09-06-2021, 20h00)★★ (Festival d’Avignon 2021)

En bas de l’immeuble, «ils font partie du décor»,     
Tous ces jeunes qui ont la danse dans le corps.     
«A la reconquête de l’espace public»,     
Les femmes s’expriment par de justes répliques.    
«Les hommes occupent les lieux, les femmes subissent».     
Pour parler des interdits sexistes, ils sont six.     

Une sincère et documentée réflexion     
Analyse les phénomènes d’exclusion.     
Partant des médias, ils épluchent le langage,     
Expliquant aussi l’orientation des images     
Et la façon de présenter certains sondages.     

Entre montage et démâtage de séquences,     
On monte en épingle ce qui revêt le sens     
Que l’on désire montrer, de toute évidence,     
Orientant les gestes pour que monte l’audience.     

«La France a peur, et c’est un sentiment qu’il faut»      
«Déjà que nous combattions je crois». Est-ce faux ?    
«Mise en abyme» du «mythe de la banlieue»     
Qu’il faut considérer avec de nouveaux yeux.          

«Peut-on parler à la place des autres» ? Est-ce     
L’aveuglement, la surdité, qui n’ont de cesse     
De stigmatiser la compréhension des maux     
Qui blessent la société prise dans l’étau …      
L’empêchant de saisir la puissance des mots.    
Or «cette langue, c’est la langue de ma peau» !    
«Théâtre Paris-Villette, Onze Gilgamesh»,     
De l’intelligence, ils vont ranimer la mèche.


Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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«Terreur». Un procès-fiction de Ferdinand von Schirach. Traduction Michel Deutsch. Mise en scène, Jeu Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Rolland. Et avec Frédéric Jeannot, Céline Martin-Sisteron, Johanne Thibaut. Par la «Compagnie Hercub». (Paris, 26-05-2021, 15h00)★★★★ (Festival d’Avignon 2021)

«Théâtre Belleville» et «Onze Gilgamesh»,      
Afin de vous prendre à témoin ils sont de mèche.     
Un grand procès haletant et spectaculaire     
Où sont mises à vif les vérités éphémères.     

«Laura Khor, Commandante dans l’Armée de l’Air»,    
Se voit accusée d’«homicide volontaire»      
«Avec préméditation», ayant provoqué     
La destruction d’un Airbus, ce qui a choqué.     

Mais quelle autre possibilité avait-elle,     
Face au terroriste, à sa menace réelle ?     
Quand les tirs de sommation n’intimident pas     
Et que l’avion ne réagit en aucun cas …
     
«Si je ne tire pas maintenant, des milliers»          
«De personnes vont mourir». Comment concilier     
Les soixante-dix mille vies à épargner,     
Et celle des cent soixante-quatre passagers ?     

Mais aucun «ordre d’évacuation du stade»     
Ne vint. Tous se turent face à leurs dérobades.      
En cas d’urgence, seulement quinze minutes     
Suffiraient pour vider les lieux sans heurts ni luttes.     

«Laura Khor avait-elle le droit de tuer» ?     
Question pernicieuse qui peut perpétuer     
Tous les doutes     
Qu’on redoute.     

Femme brillante et extrêmement compétente     
Qui sait garder son sang-froid contre toute attente.     
Posée et réfléchie, elle fait son devoir.     
Pour le démontrer, du courage il va falloir.     

«Même si je n’avais pas tiré, ils seraient tous morts»,     
Les passagers et les supporters, bien qu’on le déplore.     
Sur scène, un procès de haute voltige explore     
Morale et esprit de justice qui déflorent     
Les intimes convictions,     
Les profondes réflexions.     
Constante interrogation     
De valeurs en perdition.     

C’est un spectacle formidablement conçu,     
Admirablement interprété, au vécu     
Surprenant. Aucune expression n’est superflue     
Dans ce texte dense au solide contenu.     

Il n’existe pas de certitude en morale.     
Principe de dignité de l’homme normal     
Qui, au nom de la Constitution, donne aval,     
Ou non, aux préjugés de cette issue fatale.     

En «plaçant les principes au-dessus de la vie»,     
On met en balance deux modes de saisie     
Dans l’interprétation qu’un procureur induit.     
La manière de poser les questions réduit     
Les possibilités du jugement acquis.     
  
«Une condamnation de Laura Khor»      

«Ne protège pas» du tout «nos vies»,     
«Elle protège nos ennemis»     
Lancés dans un éternel corps à corps.     

«Laura Khor est laissée seule avec sa conscience» …     
Au procès du «moindre mal» au-dessus des sciences     
Incapables d’arriver à l’équivalence     
D’un jugement sur d’hypothétiques «miracles»     
Et sur des faits ne relevant pas d’un oracle.      
Peut-on rester sans réponse aux provocations ?     
Avez-vous des propositions de solutions ?

                     
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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«Dans les bois». D’après «Walden» de Henry David Thoreau. Adaptation, Mise en scène, Jeu Stella Serfaty. Danse Lora Cabourg. Par la compagnie «Théâtre des turbulences». (Paris, 24-05-2021, 15h00)★★(Avignon, 07-2021, 12h30).

«Théâtre Marcellin Berthelot» de Montreuil,
La curiosité s’apprivoise et se recueille
Dans un déferlement de verdure et de feuilles,
De planches, brindilles et coques qui nous accueillent.

Un appel au «voyage de dépouillement»
Où l’on se promène bien naturellement
Pour «affronter les faits essentiels de la vie»,
À travers et autour du décor qui s’inscrit
Dans divers matériaux
Issus de végétaux.
Deux ans d’unique contact avec la nature,
En tracer la vivante et sauvage peinture
Que les spectateurs contribuent à façonner
Dans une cohésion un peu désarçonnée.

Nous entrons de plain-pied dans le monde du bois
Et dans l’enchevêtrement de la danse en soi.
Tournant, pour se sortir de son propre repli,  
La ronde boisée se forge un nouvel esprit.

Participation active à la construction
De ce spectacle où se nouent avec conviction
Les relations entre univers dansé, conté,
Et regardé, dans une parfaite unité.

Nous vivons l’expérience très originale
Qui se reproduira l’été au Festival
D’Avignon dans l’espace «Cour du Spectateur»
Où chacun découvrira ses propres valeurs.

Une belle ouverture
À la grande aventure
Développant les sens
En retrouvant l’essence
Des racines et des fruits
Et des réflexes enfuis.

Comme les arbres, on se sent poussés vers le haut,
Vibrant aux sons qui se font l’éternel écho
D’une volonté perdue pour garder le beau
Et le pur d’une terre dévastée trop tôt.

Concert de sensations dans une gestuelle
Qui invite à une création naturelle
Et à l’osmose de tous les participants
Qui s’ouvrent à la réflexion en prenant leur temps
Pour ne pas détruire l’ambiance du moment.         
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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«A ces idiots qui osent rêver». Comédie romantique à l’américaine, inspirée des films «La la land» et «Quand Harry rencontre Sally». Écriture, Mise en scène, Jeu Céline Devalan. Co-Mise en scène René Remblier. Musiques Adriel Genet. Et avec Marc Pistolesi. Par la compagnie «La petite Vadrouille». (Paris, 17-05-2021, 15h00)★ (Avignon, 07-2021, 21h30)

«A ces idiots qui osent rêver», «La Luna»
Et le «Théâtre Essaïon» leur tendent les bras
Pour les consoler de leurs déboires amoureux
Entre deux «risques à prendre» à tenter d’être heureux.

L’imagination aide à supporter la vie.
Le couple d’acteurs cherche à découvrir l’avis
Qui va leur permettre de dénouer l’envie
De faire coïncider films avec magie.
Distrayant, bien joué, sur l’amour en repli.

Faut-il oser dire ses sentiments ou pas ?
Mettre ses claquettes et faire le premier pas ?
Un romantisme à l’américaine qui s’use
Sur les comédies qui encore un peu amusent
En décortiquant les scénarios qui abusent
Du gnan-gnan Land faisant rire des moindres ruses.

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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«Beyrouth Hôtel». De Rémi De Vos. Mise en scène, Interprétation Olivier Douau. Et avec Nathalie Comtat. Par la «Compagnie du nouveau monde». (Captation vidéo vue le 25-04-2021)★

Captation d’Avignon «Théâtre du Rempart»,     
Turbulente actualité dont il s’empare     
Et où se confrontent deux pensées qui s’égarent     
Dans une opposition d’idées, dès le départ.     

C’est dans l’attente d’un «échange culturel»     
Que, pour passer le temps, ils vident leurs querelles.     
Il «écrit du théâtre», elle vide les poubelles     
De l’hôtel et réceptionne la clientèle.     

«Les espions sont dans les ambassades»,     
Car «les hôtels, c’est pour le business».     
Son rendez-vous le laissant en rade,     
Il converse alors avec l’hôtesse.     

Dans la ville, attentats et bombes qui explosent     
Pendant que dans sa chambre enfin il se repose.     
Sur fond de guerre et de profonds malentendus,     
Leur vie bascule et cherche un nouveau contenu.     

Dans une difficile remise en question,     
De la neurasthénie, il se fait le champion.     
Chacun imagine une fin à sa façon     
Et en tire prudemment sa propre leçon.


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«Une fille sans personne». De Carine Lacroix. Mise en scène, Interprétation Corinne Menant. Et avec Ann Parkins. Par la compagnie «Insolence is beautiful !» Scènes sur Seine, à Mains d’œuvres. (Captation vidéo en direct, 18-03-2021, 14h45)★★★


Dans un univers carcéral au féminin,     
Rien n’est prévisible et encore moins bénin.     
Spectacle qui dure une heure dix, en extraits     
Rassemblés en un montage aux principaux traits     
De caractère étonnamment interprétés.     
Extraordinaire jeu où tout peut péter …     

Née quelque part «dans le souvenir» qu’elle en a,     
Son regard, sa voix, posent aussitôt le fracas     
Dans lequel s’exposent et explosent les tracas     
Qu’elle crie dans un silence tout intérieur     
Qui habite l’enfer sans vue sur l’extérieur.     

«Peur d’espérer, d’imaginer, de ressentir» ;     
«Recroquevillée» sur elle-même. Sentir     
«Le dégoût, l’horreur, la honte», sans un quartier     
D’humanité. Son propre rejet fait trembler     
De peur, quand on n’a plus rien à quoi ressembler.     
L’absence systématique de solitude     
Ajoute une douleur à celles déjà rudes.     

On a hâte de découvrir le texte entier.     

Avec ces vingt minutes d’authenticité,     
L’actrice révèle toute l’intensité     
Des multiples personnages qu’elle interprète,     
Donnant à chacune la sensibilité     
Si bien décrite sous différentes facettes.     
Le drame au quotidien qui interdit tout rêve     
Jusqu’à cet ultime épuisement dont on crève.     

«Haine des humiliations», sans intimité,     
«Haine de soi», devenue légitimité,     
Haine qui s’accroche en habit d’infirmité     
Couvrant l’existence désormais limitée.     
Ce texte, fluide et superbement écrit,     
Coule pudiquement dans le sang des proscrits.               
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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«En attendant Gadot». De et avec Robert Sullon. Hommage à Henri Salvador, Jerry Lewis, Raymond Devos. Mise en scène Marie Alexandra Eremine. (Captation, en direct d’Avignon, 13-02-2021, 19h00)★

Si «le temps c’est de l’argent»,
Sur la tête il sert d’agent
Révélateur à des fins
Virtuelles sur défunts.

«En attendant, Gadot»
Évite le gadin
Nez rouge sur les pompes
Quand les mots charment et trompent.
Il nous fait le cadeau
De ravageurs potins.

Avec risque et panache, il épingle les mots,
Les retourne et leur fait un enfant dans le dos
Sous forme clownesque en ciblant bien ses propos.
«On prend sur soi quand on est jeune», un peu envieux,
Propre sur choix. «On fait sous soi quand on est vieux».
«Le temps est aux rageux quand on devient plus vieux».

À l’«Atypik Théâtre», un spectacle atypique
Qui, gentiment, les neurones, chatouille et pique,
Se joue de tout sur un mode en chantant épique.
Représentation truffée d’extraits sympathiques
De chansons mettant en valeur sketchs et critiques.
Faciès apprivoisant les tics et les mimiques.

Pour résumer, la vie passe par «in vitro»
Puis chemine joyeusement vers «in bistro».
Attention à ne pas glisser sous le métro
Quand, dans l’aile, on a quelques petits coups de trop.

Les reins
D’airain,
Gorgés de vin,
Et c’est la fin
De l’organe
Mis en panne.
Sans son sifflet,
N’est que reflet
De pénurie
Pour que l’on rie.

«Gars tôt givré»
Pour dégivrer
Les spectateurs
Avec chaleur.
Un one man chaud
Qui fait son show …

«Tout commence au bordel et finit au bordeaux» …
Et, symboliquement, on tire le rideau
De l’écran d’ordinateur qui nous a unis
Lors de cette séance aux distances abolies.

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
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«Accusé(e)». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Clément Baal, Lucas Biscombe. Et avec Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Romane Savoie, Mathilde Toubeau. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 23-10-2020, 18h30) (Captation vidéo vue le 27-11-2020)+++

Que ce soit à «La Clarencière» ou au «Théo»,
Au «Verbe Fou» ou au «Sham’s», il n’est pas trop tôt
Pour dénoncer l’impunité des crimes odieux
Lacérant la chair des femmes à la face des dieux.

Adam apparaît, comme sorti d’un tableau,
Portant, lui seul, l’apocalypse sur son dos.
Il semble crouler sous le mal d’un tel fardeau
Et détenir la clef qui livrera les mots.

Vu que «toute action a une répercussion»,
Quel est alors le sens de la satisfaction ?
Au total, «toute chose engendre quelque chose»
Et est la conséquence de ce que l’on ose.
A travers un raisonnement mathématique,
Il explique les mécanismes et les déclics
Du «viol sur mineure sous soumission chimique»,
Tel le GHB qui endort le sens critique.

«Il s’excite dans la souffrance de sa proie»
Se délectant de son refus, de son effroi.
La victime, toujours dénigrée, dégradée,
Comme une menteuse est encore regardée.

Elle poursuit ses études sans grande peine,
Ses notes montrent «une excellente comédienne».
Le procès devient une insurmontable épreuve,
C’est elle qui doit rendre des comptes et des preuves.

Un discours qui la met en infériorité
Dès qu’on examine son intériorité.
«Avez-vous montré des signes distincts de refus» ?
L’humiliation, vécue une énième fois, la tue !

Avec de tels agissements, déposer plainte
Relève du parcours du combattant, éreinte
Et annihile le peu de confiance en soi
Faiblement exprimé, d’une petite voix.

Pour oublier, faut-il résolument se taire ?
Quand l’injuste procès ravive le martyre,
On comprend celles qui ne peuvent plus sentir
Le poids des calomnies qui font rentrer sous terre,
Ravivent les blessures et rendent impossibles
Joie et cicatrisation de la femme cible.
«C’est encore moi qui la domine» et la défie ;
«Je sens malgré tout à quel point je la terrifie».

«Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?»
«Comment je me sens, Madame ?»
«On m’a volé mes souvenirs,»
«On m’a volé mon adolescence»
«Et on m’a projetée à l’âge adulte.»
«Et depuis quand être adulte,»
«C’est se faire violer ?»
«Madame, cette nuit-là,»
«Je me suis demandé»
«Pourquoi il ne m’avait pas tuée»
«Et j’ai vraiment souhaité qu’il l’ait fait.»

«Je ne ressens rien», comme dans un éternel somme,
Qu’ «une haine incommensurable de tous les hommes».
«Impossible de se regarder dans un miroir»
«Sans se sentir laide» et «sale», emplie de désespoir,
Pénétrée de culpabilité, aussi de «crasse»
Indélébile qui occupe toute la place.

La sensation de «mutilation» permanente
Reste à jamais gravée en terreur persistante.
Les «envies suicidaires» et «cauchemars» atroces,
Les «crises d’angoisse» de plus en plus féroces,
Le besoin d’amour désormais inatteignable
Tant on sombre et se perd dans un vide insondable.

«Parole contre parole […] aux yeux de la loi,»
«Çà ne répond à rien» qui fasse vraiment foi.
Sans preuve irréfutable,
Il n’est point de coupable.

Et le procès devient celui de la victime
A laquelle, l’ordre de se taire, on intime.
Contre les offenses,
La loi du silence.

«Je t’ai violée et je ne le regrette pas» ;
(Au tribunal, il ne le répétera pas)
(Debout, à la barre, toujours il le niera)
Ôter le goût de vivre en est le résultat.
Pour parvenir à «se pardonner» à soi-même,
Encore faut-il, qu’un tout petit peu, on s’aime …
Pour elle, cela pose à jamais un problème.

Prise par surprise,
Elle est sous l’emprise
D’un «profiteur» malfaisant
Qui l’a réduite à néant.

Le rédempteur, c’est Adam,
Celui qui va de l’avant,
La conscience qui soutient
Quand il ne reste plus rien.

Le jeune coupable a quitté
La salle d’audience acquitté
Car il n’a cessé d’accuser
La jeune innocente abusée.
Victime ridiculisée,
Refrain souvent utilisé
Pour d’autres proies toujours viser.
Responsabilité usée
D’un jury devenu risée,
Complice de n’avoir osé
Laver son jugement crotté.

Un sujet crucial
Contre la brutale
Arme génitale,
Aux femmes, fatale,
Car l’homme immoral,
En bête anormale,
Détruit quand il râle,
Se croyant vrai mâle,
N’étant qu’animal.

Au viol, s’ajoute un terrible et second outrage,
Celui que fait subir la justice en naufrage
Qui anéantit la femme que l’on dégage,
Balayant son innocence avec force rage.

De victime, on la charge et finit «Accusée»
D’être tout simplement une femme à baiser
Car l’homme trouve naturel de l’abuser.
De quoi se plaint-elle ? Il l’a si bien honorée
Que, toute sa vie, l’horreur va la submerger,
La déchirure à vif, plus jamais réparée.
Peur, douleur et honte, en elle, vont gamberger,
La plonger dans un monde toujours séparé
De ce qu’aurait dû être sa vie à l’orée …

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
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«Fallacia». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Jeu Caroline Saule. Et avec Alexis Hubert, Brieuc Dumont, Colin Doucet. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 22-10-2020, 18h30)★★★ 

Ces anciens élèves du «Cours Florent» se jouent
Fort bien de l’art de tromper auquel ils se vouent.
Une pièce où l’on prend au piège les jaloux
Et les intrigants qui ne pensent qu’aux gros sous.
Que ce soit au «Théo Théâtre», au «Verbe Fou»,
A «La Clarencière» ou au «Sham’s», est de bon goût
L’assemblage de scènes mises bout à bout.

Une comédie alerte où volent les mots
Qui détournent les situations des tableaux
Dressés avec un soin manipulateur au
Cours des différents échanges d’un scénario
Habilement construit, servi de bas en haut
Par de truculents et plus qu’épineux duos
Qui, naturellement, s’affichent en trios.

Des rebondissements amoureux et frivoles
Où travail et lit se superposent et décollent
Dans une ambiance où le gagne-pain s’auréole
De machinations qui font trembler les guiboles.
L’innocence maritale, face aux marioles
Sans vertu, accros aussi à la cambriole
Dans tous les domaines, relève du guignol.

Comment vont-ils se sortir de l’imbroglio
Qui les lie et leur fait un enfant dans le dos ?
De saignantes mésaventures très plaisantes
Qui mêlent bénéfices aux histoires galantes
Pimentées, truffées d’ingrédients de poudre fine.
Mise en scène d’une écriture que peaufinent
Des acteurs complices dans la gaîté payante.

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
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«Le corps de mon père». Texte Michel Onfray. Mise en scène, Interprétation Bernard Saint Omer. Par «Rhizomes Compagnie». (Avignon, 21-07-2020, 11h00)★★★★

«Le corps de mon père» mastique tous les mots
Imprégnés d’odeurs du matin, près du fourneau.
L’ombre se fait lumière au contact de la peau.
Les effluves échappées, autour de nous s’assemblent
En descriptions minutieuses qui toutes semblent
Surgir d’un passé encore présent qui tremble
Sous la lame acérée d’écriture au cordeau.

La vie de famille se pétrit sous nos yeux,
Déroulant à fond son long ruban généreux.
Le travail très bien encadré, millimétré,
S’accorde parfaitement au discours lettré
D’un auteur à la précision chirurgicale
Où chaque situation s’intègre et se cale
A l’endroit désiré sans aucune rature ;
De superbes propos denses à forte carrure.

Plusieurs constructions solidement ouvragées
Mettent à l’honneur des formes jamais outragées.
Un récit, emprunt de sueur, qui prend aux tripes,
Dans un rapport charnel avec l’acteur, fabrique
D’intimes frottements d’étincelles électriques
Qui jaillissent de la scène vers le public.
Un goût d’échardes et de café vient à la lippe.

Une traversée de «gestes» d’infinité,
«De la matière dont on fait l’éternité».
Texte sobre et extrêmement riche à la fois
Dont l’habile et juste interprétation fait foi.

Quelques souvenirs, gravés à vif dans la chair.
Échange, entre un père et un enfant, qui suggère
«Que la force de son père n’avait qu’à être»,
«Une fois de plus, sollicitée pour apparaître».
Muscle tendu du bras ferme et autoritaire
Qui apprivoise les entrailles de la terre.

C’est un tableau saisissant de la vie rurale
Où «l’amour et la rage mélangés» ravalent
Des larmes d’admiration face à la «misère»
Qui sème la «révolte» aux confins de l’enfer.
Œuvre approfondie qui secoue comme un éclair,
Ouvre puissamment les sillons d’une pensée
Étudiée, resserrée et finement sensée.

Un tir, sûr, réussi, qui cible bien sa sphère.
Un jeu solide et plein de conviction éclaire
Les tranches d’une mémoire si nécessaire.
Les miettes s’y distribuent avec savoir-faire.

Pain béni, ou pas, circulant dans les artères,
Fait de labeur et de sang, dans une atmosphère
Où un immense souffle s’étend sur les pairs
Unis dans la douleur de ceux qu’on désespère.

Un émouvant message d’amour qui structure
Une représentation chargée de culture,
Dans toutes les acceptions du terme, sans bavures
Autour des plaies qui, à jamais, l’âme, fissurent.
Impressionnant «voyage philosophique offert»,
Par Michel Onfray, «pour les quatre-vingts ans du père».
A voir absolument au «Verbe Fou Littéraire».

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
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«Un burnout presque parfait !». De et avec Greg Genart. Mise en scène Denis Glayzal. Par «L’After Work Théâtre». (Avignon 2019, «Clash Théâtre», 16h45) (Avignon 2021, du 03 au 26-07, «Sham’s Théâtre», 16h00) (Captation vidéo vue le 06-05-2020)+

G.G., au «travail», se voudrait «presque parfait»
Et, pour la «solidarité», il semble fait.
Seul sur scène, sa quête d’emploi dégénère
Face aux difficultés qui lui mettent les nerfs.

Le mensonge, hissé au sommet des qualités,
Dans l’art des contrefaçons va se déliter.
Au «Sham’s Théâtre» d’Avignon, ce one man show
Grille les planches, soufflant le froid et le chaud.

Pour peindre le saugrenu, il n’est pas manchot
Et se donne à fond pour décrire les tableaux.
«Ragots», virus de la réunionite aigüe,
Greg dévoile tout ce devrait être tu.

Il s’amuse comme un fou furieux à conter
Les anecdotes et les enjeux à surmonter.
Il a «soif» de réussite et de «promotion».
Déchiffrez le «pneumatique» de ses actions,
Qu’il adresse avec toutes ses salutations,
Si vous aussi vous voulez une «augmentation».

Il dénude «performance» et relationnel
Face au miroir aux alouettes ouvrant leurs ailes,
Détrônant la concurrence mise au tapis ;
Et, derrière son expérience, il se tapit.
Au «Clash Théâtre», aussi, il relate sa vie.

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
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