RSS

Archives de Catégorie: Avignon 2020

«Accusé(e)». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Clément Baal, Lucas Biscombe. Et avec Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Romane Savoie, Mathilde Toubeau. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 23-10-2020, 18h30) (Captation vidéo vue le 27-11-2020)+++

Que ce soit à «La Clarencière» ou au «Théo»,
Au «Verbe Fou» ou au «Sham’s», il n’est pas trop tôt
Pour dénoncer l’impunité des crimes odieux
Lacérant la chair des femmes à la face des dieux.

Adam apparaît, comme sorti d’un tableau,
Portant, lui seul, l’apocalypse sur son dos.
Il semble crouler sous le mal d’un tel fardeau
Et détenir la clef qui livrera les mots.

Vu que «toute action a une répercussion»,
Quel est alors le sens de la satisfaction ?
Au total, «toute chose engendre quelque chose»
Et est la conséquence de ce que l’on ose.
A travers un raisonnement mathématique,
Il explique les mécanismes et les déclics
Du «viol sur mineure sous soumission chimique»,
Tel le GHB qui endort le sens critique.

«Il s’excite dans la souffrance de sa proie»
Se délectant de son refus, de son effroi.
La victime, toujours dénigrée, dégradée,
Comme une menteuse est encore regardée.

Elle poursuit ses études sans grande peine,
Ses notes montrent «une excellente comédienne».
Le procès devient une insurmontable épreuve,
C’est elle qui doit rendre des comptes et des preuves.

Un discours qui la met en infériorité
Dès qu’on examine son intériorité.
«Avez-vous montré des signes distincts de refus» ?
L’humiliation, vécue une énième fois, la tue !

Avec de tels agissements, déposer plainte
Relève du parcours du combattant, éreinte
Et annihile le peu de confiance en soi
Faiblement exprimé, d’une petite voix.

Pour oublier, faut-il résolument se taire ?
Quand l’injuste procès ravive le martyre,
On comprend celles qui ne peuvent plus sentir
Le poids des calomnies qui font rentrer sous terre,
Ravivent les blessures et rendent impossibles
Joie et cicatrisation de la femme cible.
«C’est encore moi qui la domine» et la défie ;
«Je sens malgré tout à quel point je la terrifie».

«Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?»
«Comment je me sens, Madame ?»
«On m’a volé mes souvenirs,»
«On m’a volé mon adolescence»
«Et on m’a projetée à l’âge adulte.»
«Et depuis quand être adulte,»
«C’est se faire violer ?»
«Madame, cette nuit-là,»
«Je me suis demandé»
«Pourquoi il ne m’avait pas tuée»
«Et j’ai vraiment souhaité qu’il l’ait fait.»

«Je ne ressens rien», comme dans un éternel somme,
Qu’ «une haine incommensurable de tous les hommes».
«Impossible de se regarder dans un miroir»
«Sans se sentir laide» et «sale», emplie de désespoir,
Pénétrée de culpabilité, aussi de «crasse»
Indélébile qui occupe toute la place.

La sensation de «mutilation» permanente
Reste à jamais gravée en terreur persistante.
Les «envies suicidaires» et «cauchemars» atroces,
Les «crises d’angoisse» de plus en plus féroces,
Le besoin d’amour désormais inatteignable
Tant on sombre et se perd dans un vide insondable.

«Parole contre parole […] aux yeux de la loi,»
«Çà ne répond à rien» qui fasse vraiment foi.
Sans preuve irréfutable,
Il n’est point de coupable.

Et le procès devient celui de la victime
A laquelle, l’ordre de se taire, on intime.
Contre les offenses,
La loi du silence.

«Je t’ai violée et je ne le regrette pas» ;
(Au tribunal, il ne le répétera pas)
(Debout, à la barre, toujours il le niera)
Ôter le goût de vivre en est le résultat.
Pour parvenir à «se pardonner» à soi-même,
Encore faut-il, qu’un tout petit peu, on s’aime …
Pour elle, cela pose à jamais un problème.

Prise par surprise,
Elle est sous l’emprise
D’un «profiteur» malfaisant
Qui l’a réduite à néant.

Le rédempteur, c’est Adam,
Celui qui va de l’avant,
La conscience qui soutient
Quand il ne reste plus rien.

Le jeune coupable a quitté
La salle d’audience acquitté
Car il n’a cessé d’accuser
La jeune innocente abusée.
Victime ridiculisée,
Refrain souvent utilisé
Pour d’autres proies toujours viser.
Responsabilité usée
D’un jury devenu risée,
Complice de n’avoir osé
Laver son jugement crotté.

Un sujet crucial
Contre la brutale
Arme génitale,
Aux femmes, fatale,
Car l’homme immoral,
En bête anormale,
Détruit quand il râle,
Se croyant vrai mâle,
N’étant qu’animal.

Au viol, s’ajoute un terrible et second outrage,
Celui que fait subir la justice en naufrage
Qui anéantit la femme que l’on dégage,
Balayant son innocence avec force rage.

De victime, on la charge et finit «Accusée»
D’être tout simplement une femme à baiser
Car l’homme trouve naturel de l’abuser.
De quoi se plaint-elle ? Il l’a si bien honorée
Que, toute sa vie, l’horreur va la submerger,
La déchirure à vif, plus jamais réparée.
Peur, douleur et honte, en elle, vont gamberger,
La plonger dans un monde toujours séparé
De ce qu’aurait dû être sa vie à l’orée …

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BCLERIDEAUROUGE – tous droits réservés

 

«Meilleurs vœux ! … ou presque …» Comédie de Carole Greep. Mise en scène, Jeu Olivier Douau. Et avec Nathalie Comtat. Par la «Compagnie du nouveau monde». (Avignon, 11-12-2020) (Captation vidéo vue le 24-11-2020)★★

On se lance pleins phares,
«Théâtre du Rempart»,
Pour des vœux sans caviar.
Noël rue dans les brancards
Quand tout au fond du regard
Brille un joyeux nénuphar
Recouvrant l’amer cafard.

Bonnet rouge et pompon blanc,
Voix pleine d’un tremblement
Masquant les effets troublants
De profonds déchirements.

Sous le «poulpe» déguisé
S’ouvre l’esprit aiguisé
D’une invitée, très surprise,
Partie en pensées qui frisent
La psy des réflexions grises.

Décembre Avignon
Pour un réveillon
Aux petits oignons
Mitonnés au bon
Goût de gros bouillon
À boire au citron
Vert de déception.

C’est un jour de l’An,
De tous, différent,
Où le «vol d’une vie»,
Subtilement, sévit.

Une carte postale
S’affranchit et déballe
Un puzzle en jachère
Risquant de coûter cher.

Dès lors, en perspective une soirée sursis
Aux nombreux règlements de comptes réussis.
Retournements de situations en cadeau
Enjolivé et enrobé d’impatients mots
Bien choisis, dans un match au florissant duo
Imbibé d’adresse langagière en mélo
Mêlé de peines de cœur sentant le roussi.

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BC. Le Rideau Rouge – tous droits réservés

 
 

«Fallacia». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Jeu Caroline Saule. Et avec Alexis Hubert, Brieuc Dumont, Colin Doucet. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 22-10-2020, 18h30)★★★ 

Ces anciens élèves du «Cours Florent» se jouent
Fort bien de l’art de tromper auquel ils se vouent.
Une pièce où l’on prend au piège les jaloux
Et les intrigants qui ne pensent qu’aux gros sous.
Que ce soit au «Théo Théâtre», au «Verbe Fou»,
A «La Clarencière» ou au «Sham’s», est de bon goût
L’assemblage de scènes mises bout à bout.

Une comédie alerte où volent les mots
Qui détournent les situations des tableaux
Dressés avec un soin manipulateur au
Cours des différents échanges d’un scénario
Habilement construit, servi de bas en haut
Par de truculents et plus qu’épineux duos
Qui, naturellement, s’affichent en trios.

Des rebondissements amoureux et frivoles
Où travail et lit se superposent et décollent
Dans une ambiance où le gagne-pain s’auréole
De machinations qui font trembler les guiboles.
L’innocence maritale, face aux marioles
Sans vertu, accros aussi à la cambriole
Dans tous les domaines, relève du guignol.

Comment vont-ils se sortir de l’imbroglio
Qui les lie et leur fait un enfant dans le dos ?
De saignantes mésaventures très plaisantes
Qui mêlent bénéfices aux histoires galantes
Pimentées, truffées d’ingrédients de poudre fine.
Mise en scène d’une écriture que peaufinent
Des acteurs complices dans la gaîté payante.

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BC. Le Rideau Rouge – tous droits réservés

 

«Le corps de mon père». Texte Michel Onfray. Mise en scène, Interprétation Bernard Saint Omer. Par «Rhizomes Compagnie». (Avignon, 21-07-2020, 11h00)★★★★

«Le corps de mon père» mastique tous les mots
Imprégnés d’odeurs du matin, près du fourneau.
L’ombre se fait lumière au contact de la peau.
Les effluves échappées, autour de nous s’assemblent
En descriptions minutieuses qui toutes semblent
Surgir d’un passé encore présent qui tremble
Sous la lame acérée d’écriture au cordeau.

La vie de famille se pétrit sous nos yeux,
Déroulant à fond son long ruban généreux.
Le travail très bien encadré, millimétré,
S’accorde parfaitement au discours lettré
D’un auteur à la précision chirurgicale
Où chaque situation s’intègre et se cale
A l’endroit désiré sans aucune rature ;
De superbes propos denses à forte carrure.

Plusieurs constructions solidement ouvragées
Mettent à l’honneur des formes jamais outragées.
Un récit, emprunt de sueur, qui prend aux tripes,
Dans un rapport charnel avec l’acteur, fabrique
D’intimes frottements d’étincelles électriques
Qui jaillissent de la scène vers le public.
Un goût d’échardes et de café vient à la lippe.

Une traversée de «gestes» d’infinité,
«De la matière dont on fait l’éternité».
Texte sobre et extrêmement riche à la fois
Dont l’habile et juste interprétation fait foi.

Quelques souvenirs, gravés à vif dans la chair.
Échange, entre un père et un enfant, qui suggère
«Que la force de son père n’avait qu’à être»,
«Une fois de plus, sollicitée pour apparaître».
Muscle tendu du bras ferme et autoritaire
Qui apprivoise les entrailles de la terre.

C’est un tableau saisissant de la vie rurale
Où «l’amour et la rage mélangés» ravalent
Des larmes d’admiration face à la «misère»
Qui sème la «révolte» aux confins de l’enfer.
Œuvre approfondie qui secoue comme un éclair,
Ouvre puissamment les sillons d’une pensée
Étudiée, resserrée et finement sensée.

Un tir, sûr, réussi, qui cible bien sa sphère.
Un jeu solide et plein de conviction éclaire
Les tranches d’une mémoire si nécessaire.
Les miettes s’y distribuent avec savoir-faire.

Pain béni, ou pas, circulant dans les artères,
Fait de labeur et de sang, dans une atmosphère
Où un immense souffle s’étend sur les pairs
Unis dans la douleur de ceux qu’on désespère.

Un émouvant message d’amour qui structure
Une représentation chargée de culture,
Dans toutes les acceptions du terme, sans bavures
Autour des plaies qui, à jamais, l’âme, fissurent.
Impressionnant «voyage philosophique offert»,
Par Michel Onfray, «pour les quatre-vingts ans du père».
A voir absolument au «Verbe Fou Littéraire».

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BC. Le Rideau Rouge – tous droits réservés

 

«Amor Sulfurosa 15 CH». Théâtre musical. Écrits licencieux et Complaintes vénéneuses. Création de Lionel Domei et Alain Klingler. Regard extérieur Christophe Roussel. Par la «Compagnie Chansons de Gestes». (Avignon, 17-07-2020, 21h00)★★

Ils «mêlent chansons immorales»
«Et littérature amorale»
Pour le bien-être du moral,
A sucer en doses globales.

Une homéopathie qui s’applique à l’humain,
Le soigne et le bichonne dans un cousu-main
Où le bel amour, sous toutes ses formes oblige,
S’ouvre avec Don Juan qui, nulle, ne néglige.

Les grandes scènes classiques,
Accompagnées de musique,
Débouchent sur des chansons
Qui tissent des liens profonds
Et rendent inséparables
Paroles et chœurs adorables.

S’enfilent quelques perles de textes égrillards,
Dévotement interprétés par deux gaillards
Qui livrent et susurrent de vertes confidences,
Qui délivrent la censure en toute confiance.

Voyage à travers les siècles, jusqu’à nos jours,
Qui allume sans cesse les flammes alentour,
Brûlant de tous feux au «Verbe Fou Littéraire»
Dans un puissant rêve charnel et téméraire.

Un sensuel périple traversé par Sade
Et les contemporains qui tombent la façade
Pour se régaler de brefs instants sulfureux ;
Proposition d’acteurs au talent chaleureux.

Avec de fines allusions aux misanthropes,
Tous deux s’évertuent à devenir philanthropes.
C’est avec humour que leur poésie galope
Vivement entre le licite et l’interlope.

On se sent décacheté telle une enveloppe,
Ferré à la Léo, piégé comme antilope
Fuyant le dépeçage en sanglantes escalopes.
Une «chose» qui fait du bien sans rendre myope,
Dilate les tympans pour qu’entre le plaisir.
«Devenir le sujet de son propre désir»,
C’est ce que ce curieux spectacle nous inspire.

En sachant que «tous les goûts sont dans la nature»,
Dégustez leurs granules en joyeuse mixture
Délicatement versée en bonne mesure
Sur les touches d’un piano effleuré et sûr.
Ce sont leurs sentiments qu’ils offrent en pâture.

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BC. Le Rideau Rouge – tous droits réservés

 

«Pyramid», vingt ans déjà, en rétrospective. (Captation vidéo vue le 27-05-2020)+++

«Pyramid», vingt ans déjà, en rétrospective !
Une sacrée mise en scène très inventive
Sert leur imagination toujours aussi vive.
Deux décennies de performances décisives
Où l’on admire autant la gestuelle active,
Hip-hop acrobatique en danse créative.

De la pantomime à l’expression corporelle,
L’originalité se pare d’irréel.
Tout est superbement travaillé, détaillé,
Sur une musique, sur mesure, taillée.
Des variations adaptées selon les publics
Renforcent les représentations dynamiques.

Partout, que ce soit
Confiné chez soi,
Sous la couverture,
Ou dans la nature,
Le miracle dure.

Tableaux élaborés avec intelligence.
Des spectacles qui ont un véritable sens,
Mûris par leur réflexion et leur expérience,
Content l’humanité telle qu’ils la voudraient,
Nous font progresser dans chacun de nos souhaits.

Ils nous «invitent» à partager leurs «états d’âme»,
Avançant leurs pions comme dans un jeu de dames,
Choisissant bien les trajectoires stratégiques
Pour qu’on prenne la vie de façon moins tragique,
Que l’on comprenne mieux leur vision artistique.

Ils dénoncent les conflits internationaux
En chorégraphies aux regards originaux
Qui bouleversent notre perception du monde.
Saynètes sans paroles où le bon sens abonde.

On se sent intellectuellement plus riche
En nous imprégnant de leurs postures fétiches.
«Sous le poids des plumes» ils volent vers la victoire,
Nous faisant partager quelques morceaux d’Histoire.

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
https://bclerideaurouge.wordpress.com
http://bclerideaurouge.free.fr
Copyright BCLERIDEAUROUGE – tous droits réservés