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Archives de Catégorie: 7 Idéaux et débats

«Faudrait grandir !» Écriture, Mise en scène Aurélien Lesage. Interprétation Laura Mottet. Par la «Compagnie Les Rats du Navire». (Paris, 18-06-2022, 17h00)★★★

Sarah, totalement délaissée par sa mère,    
S’occupe de tout, aussi de son petit frère.    
Elle doit se faire oublier et, en silence,    
Tout maîtriser dans une muette souffrance,    
Et surtout, dans la générale indifférence.     

Tout le fardeau de la maison sur ses épaules,     
Elle ne peut plus assumer son propre rôle    
De collégienne et sa vie oublie d’être drôle.      
C’est à «La Croisée des Chemins» qu’elle bifurque ; 
De ses professeurs, elle est la tête de turc.     

Personne ne voit et ne cherche à la comprendre ;    
Elle se replie sur elle-même, à attendre      
Que «l’humiliation» grandissante enfin s’arrête.  
Un récit concis et sobre qui se répète     
Au quotidien, tandis qu’elle fait ses emplettes.     

Une histoire difficile, vue simplement      
Par le regard de celle qui n’est qu’une enfant   
Dont on a confisqué la jeunesse au service    
D’une forme d’esclavagisme domestique.   
Sarah se vêt de la peur des gifles et sévices.   
La jeune actrice, crédible dans ses répliques,    
A la candeur et la maturité typiques      
D’un talent confirmé en présence scénique    
Qu’à ses rôles de composition elle applique.     
             
     
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 3 sur 5.
 

«Je m’appelle Adèle Bloom». Écriture, Mise en scène Franck Harscouët. Avec Armelle Deutsch, Sophie-Anne Lecesne, Philippe d’Avilla, et Laure Elko au piano. Par la «Compagnie L’Affabulerie». (Paris, Phénix Festival, 17-06-2022, 21h00)★★★★★(Festival d’Avignon 2022)

Un thriller mental, romanesque et historique     
Qui interroge le bien-fondé de techniques     
Ahurissantes,    
Abrutissantes,      
Avilissantes    
À faire froid dans le dos     
Quand on transperce les os.     

Ambiance rustique qui respire le bois      
Bien brut cachant les états d’une âme aux abois.    
«Fissures de l’esprit» suite aux électrochocs     
Pour un «cortège de miracles» tout en toc.    
Des révélations à la «Condition des Soies».   

«Entre eux et moi, une vague sortie de la brèche»    
«Pour m’isoler des autres» et de leur regard revêche.    
Pourtant «tout le monde en parle et personne ne sait»    
Que les neurologues font de nous ce qui leur plaît.     

Tient-elle tête à l’autorité doctorale ?    
On lui inflige une solution radicale.     
«Pas le droit à l’erreur, sinon vous serez punie».    
Récit criant de vérité et sauvagerie.     


«Sourire forcé à l’asile Providence»    
Où les traitements sont signes de décadence.     

Remarquable interprétation d’Armelle en Adèle    
À qui on a rogné les émotions et les ailes.    
Les rôles de composition le sont avec zèle     
Pour Sophie qui les endosse en toute indépendance. 
Un texte qui met de la poésie dans l’horrible     

Et du rêve pour éloigner le déséquilibre.     

«Comme si s’ouvrait une trappe sur les ténèbres»,    
L’électricité se charge d’éloge funèbre.     
Comme «une disparition de sa propre existence»,    
Le monde qui l’entoure perd de son importance.      

À coups de lobotomie     
On perd son autonomie.    
Un spectacle d’une détresse    
Si poignante qu’elle nous blesse.     
Notre écoute attentive laisse    
Place à une réflexion    
Profonde en ébullition.      

L’internement psychiatrique     
Et ses dérives physiques     
Torturent à mort le psychique.    
Pratique de «la lobotomie transorbitale»    
Moyennant l’usage d’un «pic à glace» fatal    
Qui mutile pour toujours l’apparence faciale.   

La sortie par l’écriture libératoire,     
Livre révélant un terrible moratoire.     
«Mes souvenirs débordent des gazouillis d’oiseaux»
Des compagnes d’infortune. Au «Studio Hébertot»,    
Huit ans d’une vie volée, à l’abri d’un cachot     
Médical où les blouses blanches ont le dernier mot. 
        
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 5 sur 5.
 

«Angela Davis. Une histoire des Etats-Unis». De Faustine Noguès. Conception Véronique Felenbok et Paul Desveaux qui signe la mise en scène. Création musicale Blade AliMBaye. Interprétation Astrid Bayiha. Par la «Compagnie L’Héliotrope». (Paris, 04-06-2022, 16h00)★★★★(Festival d’Avignon 2022)

«Prise de conscience, premier pas vers l’action» ;     
Est venu le temps des grandes révélations.   
Alors, «mon insouciance d’enfant se transforme»    
«En conscience politique» sous toutes formes.    

«En tant que militante et universitaire»,    
Angela Davis refusera de se taire.     
«Accusée : kidnapping, meurtre et conspiration» ;    
Innocente, on exige sa libération.    

«Le colonialisme et l’esclavage ont permis»    
«Le développement du racisme» … Promis.    
Elle est de tous les combats, on entend sa voix.    
Aider les opprimés, elle n’a d’autre choix.      

L’actrice incarne à merveille la polémique.    
Sa puissance de jeu, sa présence scénique      
Mettent en évidence tout le côté cynique     
De ces réactions violentes à répétition.     
«Prisonnière politique» sous oppression,     
Elle agit en faveur de la reconstruction.     
«Me soumettre et disparaître ou engager mon»   
«Corps dans la lutte», même traitée de démon.    
 
Une interprétation à la hauteur du texte     
Extrêmement fort dans un actuel contexte     
Où le pire passe sous un odieux silence     
À travers les coups, qu’à droite et à gauche, on lance.     
Et «on rend les armes»       
«Sans verser de larmes».    
Au «Théâtre Paris-Villette»,     
Ils ont des idées plein la tête !   
          
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 4 sur 5.
 

«10805 Maux». Texte, Mise en scène Alexandre Cordier. Jeu Hugo Merck, Elsa Revcolevschi, Milena Sansonetti, Benjamin Sulpice. Par «La Compagnie La Mission». (Paris, 27-05-2022, 21h15)★★★★

«L’exposition libre, autogérée des Beaux-Arts»    
Se termine en une vision de cauchemar.    
Des années de travail gâchées par un discours    
Qui semble anéantir les chances de concours.    

«Je me suis toujours tu, et là je vais parler».    
Aux «Déchargeurs», les toiles sont évaluées     
Tandis que les caractères ont évolué.    
«Serez brisés si je parle» du temps volé    
Au vernissage «où on se vend ou on se tue» ;    
«Pisser» sur la célébrité qui prostitue.     

Interprétation pleine de sincérité    
Dans des tableaux empreints de sensibilité.     
Un psychodrame destructeur et fracassant     
D’un univers où la violence va croissant.     

Carrière «charnière» qui vire en un charnier     
Dressé par l’allure d’incertain carnassier.    
C’est une mise en scène savamment construite     
Où les vérités, brusquement, sortent et s’ébruitent.     

Des qualités d’orateur     
D’un texte libérateur     
Où quatre acteurs s’expriment     
Quand l’un d’eux les opprime.    
Un jeune auteur, en prime,     
Décrit toute la fureur      
De ces instants de malheur     
Engendrés à contrecœur.     

Benjamin, qui joue Tom,     
Y met toute la gomme ;     
Artiste à découvrir     
Tant son jeu fait frémir.      
L’écouter, quel plaisir !       
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 4 sur 5.
 

«Pardonne-moi de me trahir». Pièce de Nelson Rodrigues. Traduction Thomas Quillardet, Angela Leite Lopes. Mise en scène, Décors Louise Robert. Avec Alexandre Agostinho, Louis Cassin, Margot Cauvet, Zoé Faucher, Pierre Ophèle-Bonicel. Par la «Compagnie Vertige Mécanique». (Paris, 23-05-2022, 21h15)★★★★

Une copine toxique jusqu’à la mort          
Et qui pousse à faire tout ce que l’on déplore.   
C’est un spectacle curieusement déjanté,   
Une peinture d’un monde désenchanté.   

Des personnages déglingués et dangereux ;   
Les voir et les entendre devient douloureux,   
Inspire la crainte, salle «Les Déchargeurs».    
Rôles de composition pour «dégénérés».    

Excellente et terrifiante interprétation     
De ces êtres abjects, dépravés, sans vraie passion. 
Une écriture et un jeu pervers sans pitié     
Où souffrance et calcul soufflent sur la piété. 

De long membres en bras de pieuvres tentaculaires  
Forment une prison davantage psychique     
Que l’enfermement et le contrôle physique.     
De quoi réfléchir sur la peur embryonnaire.      

Une leçon d’écoute à hérisser le poil,    
Sous la menace d’une confession sans voile.   
Comment modifier le cours du plus noir destin,    
Sans empoisonner l’eau du bain et son festin …   
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 4 sur 5.
 

«La Honte». Texte François Hien. Mise en scène Jean-Christophe Blondel. Avec John Arnold, Yannik Landrein, Noémie Pasteger, Pauline Sales. Musique Rita Pradinas. Par la «Compagnie Divine Comédie». (Paris, 23-11-2021, 21h15)★★★★

Quand un «directeur de thèse», se sent «lourd, vieux», 
Comment combler le vide d’estomac, le creux      
Qui se fait lorsqu’une occasion d’aller au pieu      
Se jette au nez et à la barbe à qui mieux mieux.     

La rédaction d’un sujet s’ouvre au nouveau jeu     
Mêlant l’admiration      
Et la fascination.      
Suprématie intellectuelle en enjeu    
Où chacun profite de la situation     
Dans une semi-consciente provocation.     

De ces trente ans d’écart, en est-on responsable ?    
Désirer franchir la barrière, est-on coupable ?     
Deux majeurs se laissent aller au doute palpable     
Dans une drôle de danse d’excitation     
Où l’enseignant s’est fait séduire avant l’action.     

«Il a posé sa main sur ma liberté même».     
L’étudiante ne sait plus ce qu’il faut qu’elle aime.      
«En tête à tête, la volonté m’a lâchée».     
Contre quoi exactement s’est-elle fâchée ?    
Contre elle ou contre lui ? De quoi s’est-on caché ? 

Étrange notion de la manipulation     
Dont on ignore l’entière interprétation.       
«Ne pas participer à une humiliation»     
Contre un professeur sur lequel on fait pression. 

Parler de violence sans aucune violence,    
«Théâtre Belleville», où est la différence ?     
Mais de quel côté faire pencher la balance ?    
«Le masculinisme tranquille» est dénoncé ;    
La «passivité féminine» est annoncée     
Comme refus d’un manque de dénonciation    
Où «honte», fausse ou vraie, fait place aux convictions.

Et, dans le vif, peut-on correctement trancher ?    
Quelle est la vérité et comment l’arracher ?     
Où commence et où finit le consentement ?    
Où commence et où finit le détournement ?    
Où se situe le défaut et l’aveuglement ?      
Serait-ce une vraie question d’un comportement  
Que l’on juge différemment selon les temps ?     

«Le désir souverain»       
Retombe sur les reins     
Et les mal placées mains    
Ne méritent que freins.      

Et «croire qu’une femme qui n’a pas dit NON»   
«A forcément dit OUI», réveille les démons.     
À travers une solide argumentation,     
S’analysent de très différentes versions     
Dans de tremblantes et troublantes démonstrations. 
C’est une «simple histoire de transfert de honte»    
Qui compte et se complique quand on la raconte.   

Est-ce vengeance d’un plaisir peu partagé ?     
La réminiscence d’un désir usagé      
Enfoui par des décennies de moments chargés    
Où des collègues étaient nettement moins âgés ?    
Être juge et partie peut vraiment ravager     
Une existence et la haine se propager    
Si l’on ne sait faire face au réel danger.                  
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 4 sur 5.
 

«Saccage». Écriture, Mise en scène, Jeu Judith Bernard. Et avec Caroline Gay, Pauline Christophe, Antoine Jouanolou, Jean Vocat, Marc Le Gall, David Nazarenko. Par la «Compagnie ADA-Théâtre»(Paris, 22-11-2021, 21h00)★★

Spectacle sur toutes formes de résistances,      
Que ce soit dans l’éducation ou la finance.    
«On n’a rien», que prendraient-ils donc ? «Notre révolte»
En détruisant la survie de notre récolte.     
La foi en leurs idées, plus forte que les colts     
Braqués sur eux pour que de leurs abris ils sortent     
Lorsque les autorités les mettent à la porte.      

La lutte contre le nouvel aéroport     
En lieu et place de l’élevage des porcs,    
C’est la vie réelle qui croît en tous terrains,     
Et non la conquête de l’espace, sans frein      
Pour accroître la pollution de l’aérien.      

L’université de Vincennes est une «enclave»     
Où l’on parque tous ceux refusant d’être esclaves. 
«Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes» à fric     
Et ne seront pas démantelés par les flics.      

Une mise en lumière de «faux témoignages»         
Qui gâchent tout une vie au travers d’outrages       
Bien relatés dans un incontournable ouvrage      
Faisant sourdre une calme et légitime rage.     
    
Solide argumentation dans tous les passages      
Relatant l’interdit et ce qui est permis,     
Brimant si l’on sort du rang. Aucun dérapage     
Toléré ni admis,     
«L’excellence» est bannie.     

Phrases courtes, claquant comme au tennis de table,  
Dans un vif échange de balles rattrapables     
Au bond. Lâcher d’utopies qui rendraient capable     
Une meilleure vie sans se sentir coupable.      

C’est un régime où l’on se sent pris en otage     
Si l’on refuse de se soumettre au chantage    
De dénonciation comme mode de lavage     
D’une société qui contrôle chaque page ;     
«Une sorte de ghetto expérimental»     
Où l’on y regroupe tous ceux qui pensent mal.    

«Ce cordon sanitaire»,     
Déviation salutaire,     
Permis de penser droit     
Que le ministre octroie.     

«Philosophes, voisins des poètes et des fous»,   
Sont dangereux car ils réfléchissent partout,    
Ouvrant tout grand leur esprit     
À ce qui n’a pas de prix ;     
«Donnent conscience d’un certain droit de regard»   
«Sur les choses». Un savoir pour sortir du placard.     

«Loi protégeant l’agriculture polluante» ;     
«Mise au pas» où la «diffamation» élégante      
S’étale sur la «lune-écran»     
Beaucoup mieux que sur un divan.     

Propos intenses     
D’un texte dense     
Aux influences     
Pleines de sens.     

Si «Rien est Tout»,     
On devient fou     
Des équations      
Qui tournent en rond.     

«La guerre des idées c’est un vrai combat»    
Où le «paysage mental» se débat.     
Avoir droit à une véritable instruction      
N’est pas au programme mondial en destruction.    
«La femme est la première colonie de l’homme»,      
«Asservissement» depuis la frugale pomme.    

«Ignorer l’Etat», la loi, semble «insupportable» ;     
C’est à ce titre que l’on devient «expulsable».     
Mettre à bas les «symboles»,    
Casser les auréoles.     

Parmi les grands sujets que le spectacle aborde,   
«L’autogestion» de la «clinique de la Borde»     
L’abolition totale de la «hiérachie»,       
Une ouverture sur un monde sans chichis.     

Etude sans complaisance d’une historique      
Situation et des aspects sociologiques     
Du dernier siècle dont le passé    
N’est ni dépassé, ni trépassé.     

Grâce à l’analyse profondément fouillée,   
Mécanismes des «saccages» déverrouillés    
Afin que l’on comprenne ce qui a rouillé,    
Les engrenages d’un système déraillé.     

«Théâtre politique» faisant réfléchir     
À la vie de ceux qui ne veulent pas fléchir,    
À l’avis qui est adressé par l’écriture     
Et le constat à dresser pour notre futur.     

La troupe constituée d’acteurs engagés    
Défend des alternatives à envisager   
Toutes formes d’existences non saccagées    
Par le pouvoir financier où tout est gagé.    
Le théâtre «Manufacture des Abbesses»     
Accueille des représentations sans faiblesse.

                  
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 3 sur 5.
 

«Vacances au bord de la mort». Écriture, Interprétation Olivier Maillet. Mise en scène Eric Bouvron. Musique Mathilde Vrech. (Paris, 16-11-2021, 19h00)★★

Partir pour de vraies «vacances au bord de la mer»  
Et se retrouver à flirter avec l’enfer       
Lorsqu’un foudroyant infarctus       
Le transforme en Hibernatus.      

«Au-delà de douze minutes, c’est la mort» !
«Une apnée de trente-cinq minutes» au-dehors      
De ce que pourrait supporter l’esprit, le corps,      
L’a plongé dans un immobile et noir décor.      

Deux mill(e) cent secondes perdues dans le néant,     
Dérobées,     
Dévorées,     
Absorbées et englouties par un trou béant.        

Qu’a-t-il pu voir au moment de franchir le pas ?     
Et peut-il revivre en mémoire son trépas ?      
Comment se souvenir de sa propre sortie ?     
Pourquoi le moment décisif s’est-il enfui ?     

Et si ce long temps d’absence et de flottement    
Avait à tout jamais effacé ces moments …     
Que peut-être on découvrira,     
Juillet prochain, à «La Luna».     

Un témoignage très fort     
Qui annihile la mort,     
Quand la vie devient du rien,     
Qu’avec la souffrance ne persiste aucun lien     
De l’instant T et de ce qui l’a précédé.     
C’est le mystère chimique du procédé.      

Entre le coma et les hallucinations      
Il traverse un enfer d’horribles vibrations     
En «cauchemars d’expériences chirurgicales»  
Sur son «corps de mécréant anti-clérical».     

En réanimation, il voyait dans sa nuit,     
Bien recroquevillé à l’intérieur de lui.     
A «L’Essaïon», sorti de rééducation,      
Il a gagné d’exponentielles sensations.     

Avec sourire,      
Il peut nous dire      
Que pour «maigrir»,    
«Il faut mourir» !      

Ce survivant, rescapé du gouffre sans fond,      
Paré de son rôle de décomposition,      
Fait rimer tendre et vagabonde poésie       
Avec le sens de sa toute nouvelle vie.      

Expérience qui se décrit     
Dans la douleur et dans le bruit     
Des machines pour sa survie      
Livrant des années de sursis     
Pour une existence en crédit.     

Du spectacle, quand on en sort,     
On y pense longtemps encore.     
Ça carbure dans notre esprit     
Et l’on y retourne à tout prix !                     
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 2 sur 5.

 

«Le Complexe de Dieu». Pièce d’Antony Puiraveaud. D’après l’histoire vraie du garçon qui ne voulait pas être une victime. Mise en scène Jean-Luc Voyeux. Avec Jean-Marc Coudert, Anne-Cécile Crapie, Léonie Duédal, Olivier Troyon. Par la «Compagnie 172». (Paris, 15-11-2021, 21h00)★★★   

Sur une musique à soulever les barrières     
Débute une pièce qui ramène en arrière       
Pour aller de l’avant malgré tous les mystères  
Des histoires sordides de l’église austère.    
Des allers-retours crédibles et salutaires       
Pour récupérer sa dignité nécessaire.     

«Maintenant je sais que se faire»      
«Culbuter par un père»,        
«C’est héréditaire».     
Puis «il te fait plaisir puisqu’il te rend spécial»,   
«L’unique, l’élu et tant pis si ça fait mal».    
Violence, tant émotionnelle que verbale,     
Quand sortent les non-dits de façon viscérale.   

«Un jour on comprend … que l’on s’est tous fait baiser» 
Par un Tartuffe qui osa nous abuser,      
Faisant croire à des relations privilégiées      
Afin que l’on subisse sans être châtié      
Et que l’on confonde Amour de Dieu et Pitié.     

«Double parrainage de l’Amour et de Dieu»    
Pour la naissance miraculeuse d’adieu.     
Une interprétation remarquable et limpide     
Qui coule sur les idées reçues et avides      
D’explorer ce que l’on  a caché sous les cieux.      

«Théâtre Le Funambule»,     
Du prêtre éclate la bulle.     
Et c’est pendant deux ans,     
De douze à quatorze ans,      
Qu’une vie de calvaire     
Transforme un cœur en pierre.              
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 3 sur 5.

 

«Le Petit Coiffeur». Écriture, Mise en scène Jean-Philippe Daguerre. Avec Thibault Pinson (Pierre), Brigitte Faure (Marie), Charlotte Matzneff (Lise), Arnaud Dupont (Jean), Romain Lagarde (Léon). (Paris, 14-11-2021, 17h30)★★★★ (Festival d’Avignon 2021)

«Théâtre Rive Gauche», un barbier à l’ancienne      
Qui tond barbes et cheveux derrière les persiennes, 
Emmagasine, du monde, toute la peine.     
La page d’histoire sur papier d’écolier,      
À l’encre de trahison en pleins et déliés,      
Dénonce la trame qui va tous les relier,     
En resserrant la sordide et funeste chaîne,      
Quand ce qu’on croit être de l’amour, devient haine.     

«Mise à nu sensuelle» en imagination …     
Car sous la robe se cache «l’inspiration».     
Sur l’étoffe, court et surgit le grand frisson       
Que seuls les yeux découvrent avec fougue et passion.

Au-dessous des habits, «ce sont les larmes et le sang»,
Sauvagement mêlés, «qui coulent le plus souvent».      

En temps de guerre, la honte est dans tous les camps,
Quelle que soit la balle logée en plein flanc.      
On ne distingue plus les vainqueurs des vaincus,
«C’est l’heure du grand nettoyage» tant et plus.

Sujet de réflexion, profondément ardu,       
Inscrit dans un suspense brusquement tendu.     
Efficace et d’une simplicité voulue,      
C’est une fin complètement inattendue     
Qui laisse les acteurs totalement émus, …            
Spectateurs, fascinés, largement convaincus.                                      
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 4 sur 5.
 

«Le Visiteur». Pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt. Mise en scène Johanna Boyé. Interprétation Sam Karmann,  Franck Desmedt, Katia Ghanty, Maxime de Toledo. (Paris, 14-11-2021, 15h00)★★★★★

C’est après avoir lutté contre le «Führer»    
Au Festival d’Avignon où la joie abonde,     
Qu’au «Théâtre Rive Gauche», «Le Visiteur»    
Revient en force dédoublée avec fureur,     
En résistance psychologique du monde      
Face aux inventions nazies d’un nouvel immonde.        

«Où va-t-on lorsque l’on dort», enfoui dans ses rêves ?
Sont-ce seuls moments où l’on observe une trêve ?  
Cette pièce, un miracle d’interprétation    
Où les quatre comédiens sont à l’unisson,     
Sachant aller jusqu’au bout de leurs émotions.     

Décor classique et cossu aux couleurs d’espoir     
Mais qui ne reflètent que des idées très noires,     
«Avec ce bonheur qui n’est pas loin du désespoir».  
«Verrouillage, par la censure, de la mémoire».     

Quand les actes de bravoure coûtent la vie,     
La mort glorieuse ne suscite pas l’envie.      
«Assis sur les carreaux rouge brûlé, blanc perdu»,        
«J’ai appelé, peut-être pour m’entendre exister».     
La Gestapo, pour voler l’argent, a insisté,      
L’a extorqué, contre services jamais rendus.      

«Le Visiteur» est-il son double, son écho      
Dans lequel chacun développe son égo ?        
«L’homme fabrique Dieu car il a trop envie d’y croire».   
Présomptions, pensées, rêves, s’ajoutent encore à leur gloire.

«C’est pour ses semblables que l’on possède un nom»     
Qui distingue d’un autre. À quoi bon, sinon !     
Seul l’être unique n’a rien de gravé au front,     
Mais ce n’est qu’une question de supposition …      
«Les fous, des enfants que personne n’a rêvés»,        
«Le mal, une promesse» jamais exaucée.    

Jeu grandiose à la hauteur de leurs ambitions,     
Servant l’écriture au-delà de tout soupçon.     
Formidable texte à la puissance ravageuse     
Sur une époque instable à la vision orageuse    
Et nauséabonde     
À chaque seconde.       

Si les pages des livres s’envolent avec le feu,     
Elles redescendent pour qu’on les comprennent mieux.
Juste une cuisante leçon d’humanité     
Pour relever la tête et garder sa fierté.       
«Théâtre Rive Gauche» ou «Théâtre Actuel»,     
Une prestation tout à fait exceptionnelle !                      
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 5 sur 5.

 

«Danton Robespierre, les racines de la liberté». Écriture, Interprétation Hugues Leforestier. Et avec Nathalie Mann. Mise en scène Morgane Lombard. Par la «Compagnie Fracasse». (Avignon, 16-07-2021, 13h55)★★★

«Danton et Robespierre»,     
Idées dures de pierre.       
«Je poursuis un rêve, bâtir la liberté»,     
Avec une intransigeance de qualité.      

Vérité, politique, sont incompatibles      
Et le sujet de discussions incompressibles.     
Agiter le peuple et le faire réagir      
Pour mieux s’en servir et encore l’asservir.     

«Cesse de les décolleter à tour de bras»,   
Vois, «la Seine est rouge du sang des raccourcis». 
La scène est posée, présentée dans un fracas   
Où tout ce qui s’annonce a déjà été dit.


«Tu ne t’es découvert»     
«La fibre populaire»     

«Que pour te faire élire»    
Par ceux ne sachant lire.     

Si «nous avons tué un régime immortel»      
C’est pour sauver le reste du commun mortel.     
Un intense échange sur des charbons ardents    
Trépigne sur un furieux rythme trépidant.      
«J’aime mieux être guillotiné que guillotineur» ;    
«Le privilège de l’amitié» n’est plus à l’honneur.   

«Robespierre ira loin, il croit tout ce qu’il dit».  
Derrière sa fierté, se cache le mépris.      
«Où va te mener la Terreur ? À l’homme parfait !» 
Sous leur perruque, cogite un cerveau sans regrets. 

«Personne ne sort libre de ce tribunal» ;     
«Rien n’est à gagner avec la Terreur» fatale.    
«La liberté et l’égalité, pour la façade»,     
Mais propriété triomphante sous la pommade   
Qui masque erreurs et aussi rides pour la parade. 

De piquants et tranchants ruissellements de mots 
Où l’on assiste au dressage de vifs taureaux     
S’ébattant sur un terrain glissant de verbes hauts, 
Piétinant à grands coups les passages verbaux.  
Leur joute, faite de littéraires assauts,     
Éclabousse la tribune en mille morceaux.     

Chacun, à sa façon, se lance en un combat      
Mené par l’épée de Damoclès qui s’abat.      
«Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent»      
«Responsable» des têtes détachées des troncs ;   
Mais cette pluie de discours en large et en long  
Tombe en la déferlante rivière de sang.      
Un jeu serré et grave d’acteurs convaincants,    
Convaincus, justes et investis totalement.      
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 3 sur 5.
 

«La grande musique». De Stéphane Guérin. Mise en scène Salomé Villiers. Avec Hélène Degy, Raphaëline Goupilleau, Pierre Hélie, Brice Hillairet, Etienne Launay, Bernard Malaka. (Avignon, 15-07-2021, 19h20)★★★★

«Une grosse tache d’existence» au passé    
Douloureux exhume la vie des trépassés.    
Quand, à Mauthausen, la vie s’est arrêtée,   
Les souvenirs n’ont de cesse de vous hanter.   

Ils se révèlent atroces à donner le vertige    
En repensant aux bordels des camps qui exigent 
Qu’elles se soumettent à des actes dégradants.       
«Est-ce que le passé nous appartient vraiment» ? 

«Le charnier de la mémoire englouti sous la honte» 
Brûle à jamais le cerveau sous les affreuses tontes. 
Les réminiscences paralysent le corps     
Avili, sauvagement accusé à tort     
Et que son éternelle mémoire dévore.     
Les secrets de famille mènent à la mort ;     
Bien emprisonnés «sur quatre générations»,   
Ils explosent en force au théâtre «Buffon».     

Quand l’incompréhension étrangle la parole,     
Quand «la douleur déplace la douleur» flagrante,  
Que la «musique dissonante et discordante»     
Ravage bien davantage que la vérole,      
Et que «le journal veut témoigner de l’horreur»,    
Les esprits tordent les lignes du déshonneur.    

L’interprétation sert bien l’histoire haletante     
Tendue sur la corde raide et intolérante.    
Combien d’années faut-il pour retrouver l’usage  
D’un vécu enterré sans rites de passage ?                 
       
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Note : 4 sur 5.
 

«Acquittez-la !» Texte, Mise en scène, Interprétation Pierrette Dupoyet. Par la «Compagnie des Vents Apprivoisés». (Avignon, 15-07-2021,11h50)★★★★★

La mère n’avait jamais besoin de personne,        
Elle faisait tout elle-même, sans qu’on sonne.      
La jeune fille rêve d’un «mari gentil»         
Qui, brusquement, devant elle aurait bien surgi.      

Au «Théâtre Buffon», la fête de mariage       
Perd de son éclat et tourne vite au naufrage.      
Elle ignore tout de l’homme qu’elle épousa,       
Jusqu’au jour où elle mit au monde Sarah.        
De grossesse en grossesse, vint un petit gars.      

Quand la violence apparaît et soudain s’installe,        
Elle éclate imprévisible en lourdes rafales,         
Tétanise, annihilant toute volonté.        
Alors, elle «apprend à subir et à se taire»,      
La multiple Alexandra, toujours maltraitée        
Malgré qu’elle vaque aux tâches prioritaires.      

Avilie et forcée à se sentir coupable,      
De réagir et choisir, elle est incapable.        
Dans l’engrenage infernal elle se sent prise,        
Peu soutenue et totalement incomprise.         

Texte et jeu, d’une puissance inconditionnelle,         
Interprétés par une actrice exceptionnelle      
Qui fait corps avec la salle et toute l’histoire.         
Une immense simplicité pour émouvoir,         
Sans masque ni fard, une vérité à voir.         
C’est au «Buffon», un témoignage incontournable        
Pour lutter contre les violences inacceptables.                                       
       
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Note : 5 sur 5.

 

«Asia». De Mouloud Belaïdi. D’après l’histoire vraie d’Asia Bibi. Mise en scène Gérard Gelas. Interprétation Pauline Dumas. Par le «Théâtre du Chêne Noir». (Avignon, 14-07-2021, 19h45)★★★

«En moi, dit Asia, bouillonne une immense tristesse» ; 
«L’aile du Diable a frôlé nos têtes» et nous agresse.   
Chrétienne, elle est accusée à tort de blasphème,    
Mais elle a été condamnée à mort, quand même.   

Née d’une «famille très pauvre mais heureuse»,     
Attendant sa pendaison, l’ouvrière pieuse      
Raconte avec courage sa vie miséreuse.    
Il suffit d’une dénonciation calomnieuse,   
D’une injuste vengeance, malsaine et hideuse.    

«Le premier jour de son arrivée en enfer»,     
Dans la prison, derrière ses barreaux de fer,     
Elle rencontre Aïcha qui soigne ses plaies,       
La soutient dans ce monde hostile qui l’effraie. 
À «chaque minute» qui lui reste de vie,     
«Résiste pour ne pas sombrer dans la folie».    

Au «Pakistan», pays aux coutumes d’ancien âge, 
«Il existe un autre ciel pour les oiseaux en cage».  
«Comment peut-on vouloir la mort d’un être humain» 
«Pour un verre d’eau» bue dans le creux de sa main 
Et pour l’avoir puisée dans le mauvais terrain ?    

«Intouchable», veut-il aussi dire «invisible» ?    
Ceux qui veulent la sauver ne sont plus crédibles.   
Gouverneur et Ministre des minorités,   
Tous les deux assassinés pour l’avoir tenté.    

«Nous nous sommes murmuré des mots»    
«Qui parlent avec les yeux».     
L’innocente suppliciée des maux,     
Sacrifiée, «le cœur en feu»,    
Raconte huit années de dure détention.   
Son grand courage suscite l’admiration.    
«Asia», une trouée dans le ciel étoilé     
Où la vérité essaie de se dévoiler.    
       
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Note : 3 sur 5.
 

«Les Témoins». Écriture, Mise en scène, Interprétation Yann Reuzeau. Et avec  Marjorie Ciccone, Catherine Griffoni, Morgan Perez, Tewfik Snoussi, Sophie Vonlanthen. Par les compagnies «Sylsyl, Antisthène, La Manufacture des Abbesses». (Avignon, 10-07-2021, 21h50)★★★★ 

«L’extrême droite prend le pouvoir. La presse vacille».     
Un condensé qui lâche les mots dans un jeu de quilles     
Où s’échangent d’incompatibles et diaboliques billes     
Faussant les parties. Sauvant leur peau, les puissants resquillent.     

À quoi tient la survie d’un journal politique     
Qui souhaite conserver liberté, éthique ?     
En salle de conférence de rédaction,     
La peur s’installe et soulève moultes passions.     

La rectitude d’une ligne électorale     
S’inscrit donc dans une vertueuse morale.      
«Une planète sous le choc, l’agonie d’un monde»     
Déferlent sur la scène en une monstrueuse onde.      

«Charge sans précédent contre un pouvoir actuel»     
Étayée sur un immense choix de faits réels.     
«Malgré les séismes ayant frappé notre rédaction»      
«Nous continuons à porter haut et fort notre fierté»      
«De défendre la liberté d’informer».      
Pendant combien de temps peut-on s’y conformer     
En maintenant, des informations, la clarté ?     

«Manufacture des Abbesses» ou aux «Gémeaux»,      
C’est toujours un événement quand Yann Reuzeau      
Saisit un sujet brûlant qu’il tord en roseau      
Pour subtilement l’affiner et le lier,     
Que sa trame soit mise à plat, bien dépliée.      

Éblouissante interprétation, pleins et déliés     
D’écriture vigoureuse où tous se sont ralliés     
Afin de défendre une solide construction     
Autour d’une vertigineuse argumentation.            
       
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Note : 4 sur 5.

 

«Vienne 1913. Les PrémiSSes du pire». D’après Alain Didier-Weill. Adaptation Louise Doutreligne. Mise en scène, Jeu Jean-Luc Paliès. Et avec Estelle Andrea, Claudine Fiévet, Nathalie Lucas, Magali Paliès, Oscar Clark, Alain Guillo, William Mesguich. Musique sur verre Catherine Brisset. Par la «Compagnie Influenscenes». (Avignon, 10-07-2021, 10h00)★★★

«Idées qui pensent toutes seules,»           
«Sans nous demander notre avis …»     
Doit-on les laisser ? Les guider jusqu’au linceul ?          
Les canaliser pendant toute notre vie ?      
S’interroger sur ce qui passe par la tête,                
Avant d’en subir le poids menant aux défaites.        

Combattre «une répulsion incompréhensible»          
«Contre les juifs» pris désespérément pour cible,     
Voilà le défi que Freud devra relever     
Pour que l’abcès cérébral puisse enfin crever      
Dans l’esprit du patient et de son mal horrible ;      
Repasser par l’abject pour guérir l’indicible.     

«Charlatan athée qui remplace Dieu par le sexe»,     
C’est ce que prétend une aristocrate au prétexte     
Que Sigmund Freud psychanalyse son grand fils     
Atteint d’une haine phobique, ce franc vice     
Qui le pousse à ne jamais prononcer le nom     
Du mot le rongeant comme un terrible démon.        

«La pauvre chérie ne peut être que maman !»,     
À laquelle on pense, allongé sur le divan      
À faire revenir tous les événements     
Ressurgis de l’enfance au vieil appartement.     

Excellent exercice en manipulation     
D’idées traversant les époques en réaction     
À la chaîne     
Qui s’enchaînent,     
Se déchaînent        
Contre tout une partie de l’humanité,     
Dans la folie d’Hitler où tous sont suspectés.     
On assiste à la montée de la cécité     
Recouvrant le monde de son opacité.     

«Que notre jeunesse devrait être sauvée …»     
Par le sport à outrance, pour la relever,     
Conduire l’énergie d’une unique façon     
Et regarder tous dans la même direction,     
Le cerveau branché sur ligne à haute tension     
Dans une discipline rigide lavée     
À l’eau nauséabonde de la délation.     

«Le mot Patrie est une invention»     
«Des capitalistes et ils se font»      
«Tuer pour défendre leur système».     
Ce qui aborde un des nombreux thèmes …      
«Privé d’au-delà, l’humain s’angoisse»,     
Désespère et se livre à la poisse.        

«De l’allemand à l’hébreu», il n’y a qu’un pas     
Et c’est pour cela qu’Hitler fait sonner le glas.      
Dieu «ne demande pas de penser, juste de l’aimer».       
«Ça ne marche pas, je ne peux pas y croire» enfermé     
Dans le déni de l’insulte et du vice programmé.      
Les mailles du filet se resserrent en perplexité     
Dans l’infamie  d’une colossale complicité     
Et des discussions d’une étonnante complexité.     

Texte dense, tendu, riche de diversité     
Dans un constant va-et-vient de scènes racontées     
Où chacun affirme sa propre vérité     
Dans la magistrale interprétation dictée     
Par la mise en scène autant jouée que chantée.     
Peinture en mots cinglants d’une actualité     
Qui écorcha vif tout une génération     
Cloîtrée à mort dans les camps de concentration.     

L’idéal forcené fait trembler «Les Gémeaux»,     
S’abat sur un monde englué dans les grumeaux     
Pourris par l’érection du nazisme et des maux     
Recrachant la terre brûlée au chalumeau.      
«Musique sur verre» au son de «cristal brisé»     
Ravivant les plaies de la conscience abrasée.     

Analyse philosophico-politique     
Où «fiction théâtrale rejoint l’historique»      
«Réalité» grâce à un esprit très critique     
Relevant les contradictions d’ordre biblique.     

Spectacle qui a le pouvoir de dire «N-O-N …»,          
«Chères petites lettres» à redresser le front.     
Un opéra qui a du cran et de la voix     
Pour percer à jour et ouvrir la bonne voix.

                 
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Note : 3 sur 5.

 

«Je Hurle». Poèmes de Mirman Baheer. Dramaturgie Magali Mougel. Mise en scène Eric Domenicone. Jeu Faustine Lancel, Yseult Welschinger (Conception marionnettes). Musique Jérôme Fohrer. Par la «Compagnie La soupe». (Avignon, 06-07-2021, 13h05)★★★★

«Etre une fille, une femme, en Afghanistan»,      
Se résume à une condition de néant.      
Vie de crainte en continuel enfermement       
Où, s’exprimer, expose à la mort, sûrement.      

Écriture : acte de rébellion à punir ;      
Un «nom de plume» sur du papier qu’on déchire,        
Poétesse en herbe, fantôme plein de bleus,       
Elle «se suicide en s’immolant par le feu».        

«Un objet de plaisir, un jouet pour les hommes»,        
Une poupée de chiffon, malmenée, en somme.       
Sans avenir,        
Elles délirent ;        
La liberté égale la honte à cacher.         
«Les Talibans reprennent le pouvoir armé».        

Héroïnes de feuilles froissées, repliées          
Sur elles-mêmes, que l’on fait toujours plier,        
Blanches figurines fabriquées sur la scène        
Dans un bruissement de meurtrissures obscènes …     
      
Car il n’est pire crime que de naître fille           
A mater à coups de boule pour jeu de quilles.           
«Il n’y a que la mort pour effacer la honte»          
D’écrire et de souhaiter être prise en compte.        

C’est un témoignage fort bien documenté         
Sur de simples supports qu’ils nous font miroiter.           
Théâtre du «Onze-Gilgamesh»,           
Il est urgent d’allumer la mèche          
De la réflexion         
Sur la condition         
D’une moitié de population         
Qui devrait relever haut le front.                    
       
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Note : 4 sur 5.
 

«Sales gosses». Pièce de Mihaela Michailov. Traduction Alexandra Lazarescou. Mise en scène, Costumes, Fábio Godinho. Interprétation Claire Cahen. Création sonore, Batterie, Guitare, Jorge De Moura. Par le «Théâtre du Centaure». (Avignon, 03-07-2021, 12h45)★★★★

Le «drapeau de la Roumanie»          
«Et de l’union européenne»     
Flotte au-dessus des tragédies     
Qui rendent la vie inhumaine.     

La violence sonore     
Traverse le décor     
Fait de vingt-quatre poids     
Aux cordes musicales,      
Souples et verticales,  

Qui vibrent face aux lois           
Dictées en bonne foi.         

«Caserne des Pompiers»,       
Entre câbles élastiques       
En structure cubique,     
Elle se sent crier    
Sa révolte intérieure     
En voulant être ailleurs.     

Leçon sur la démocratie     
Qui dérive en autocratie.      
Histoire en coups de poings       
Et pieds liés au point      
De faire sourdre le sang      
D’une enfant qui sort du rang.       

La petite a l’esprit créatif      
Avec des rêves  si constructifs,        
Qu’elle réalise des figures      
Toujours nouvelles et pleines d’allure.           

«J’ai pour projet de faire la faune roumaine»      
Grâce aux élastiques avec lesquels je m’entraîne.          
«Je ne demande jamais de fric»,        
«Mon délire c’est les élastiques».      

La mise en scène extrêmement originale     
Révèle un texte bouleversant et crucial,    
Admirablement joué par la comédienne       
Qui interprète tous les rôles en file indienne.       

«Fallait la mettre au coin»     
Pour une mise au point.       
«Tu es ce qu’ils veulent que tu sois»,         
A ton corps défendant, malgré toi.       
L’innocente cruauté recrache      
Tout ce qui se trame et puis se cache.                         
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 4 sur 5.

 

«La folle et inconvenante Histoire des femmes». Ecriture Laura Léoni. Conception, Interprétation Diane Prost. Mise en scène Laetitia Gonzalbes. Par les compagnies Camélia et «Kabuki». (Paris, 10-06-2021, 20h00)★★★

Au «Funambule»,
Le torchon brûle
En liberté
Tant contestée.

L’indignation l’enflamme
Dès qu’il s’agit des femmes
Qui sans cesse turbinent,
Reléguées en cuisine.

C’est dans les magazines
Qu’elles emmagasinent
Les idées de révolte
Qui, partout, se colportent.      

Une judicieuse remontée historique,     
Du fond des siècles, de la sexualité,     
Défrichée, décryptée, avec habileté,     
Nous démontre, à quel point, tout n’est que politique.

La femme invisible,
En bête nuisible,
Se cache chez elle ;
On rogne ses ailes
Avec un grand zèle.     

Sur l’immense écran d’augustes révélations,     
Elle est «symbole de paix et monnaie d’échange»,     
Certes à condition que jamais elle ne change,     
Accepte toujours de faire des concessions.     

«Chaud et sec comme le désert majestueux»,   
Est l’homme qui «garde son sang» impétueux.     
«Froide et humide» est la femme qui perd ses règles     
Dans ce corps nié et ensemencé en règle.     
Et le «viol conjugal à but reproductif»     
Le confère dans un monde compétitif.      

Si l’on y pense, était-ce au temps du Moyen-Âge,             
Qu’accusée d’être guérisseuse ou trop sage …      
Qu’«enterrée vivante la ferait réfléchir»      
Si, sous le joug de l’homme, elle ne veut fléchir ?     
«Maintenant, c’est juste les plaintes qu’on enterre».     
C’est une mise en bière qui coûte moins cher     
Et c’est une autre façon de la faire taire.     
    
«Droits de la femme et de la citoyenne», absents     
De la déclaration. Qui ne dit mot, consent.     
Un corps rejeté «depuis des milliers d’années»,     
Celui des femmes saignantes, impures et damnées.      
«N’était l’égale de l’homme» qu’en ces deux mots :     
Subir la «punition ou payer les impôts».

Engagement féroce et mordant qui écume     
La société patriarcale qu’elle allume.     
Une brillante interprétation en costume     
Unique et original pour que les coutumes     
Passent vite d’un pli à l’autre et s’accoutument     
A s’envoler aussi haut qu’une belle plume.     
Mise en scène astucieuse éclairant les volumes     
Dans des drapés ou déshabillés qui s’assument.     

Écrit militant qui avance à découvert,     
En témoignage des femmes qui ont souffert.     
Elles sont «la mémoire»     
Qui fait garder l’espoir     
De vraie égalité     
Avant d’être alitées     
Pour toute éternité.     

Un texte fascinant, rempli de fol humour     
Sur le corps des femmes et de leurs folles amours,      
Qui part de l’Antiquité jusques à nos jours,     
Pour mettre le doigt dans les blessures qui courent,     
Les stigmatisant, tel un manque, un trou, tout court,     
Que l’on doit dompter comme dans la chasse à courre.          
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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«Et c’est un sentiment qu’il faut que nous combattions je crois». Écriture (collective), Mise en scène, Jeu David Farjon. Et avec Samuel Cahu, Magali Chovet, Sylvain Fontimpe, Ydire Saïdi, Paule Schwoerer. Par la «Compagnie Légendes Urbaines». (Paris, 09-06-2021, 20h00)★★ (Festival d’Avignon 2021)

En bas de l’immeuble, «ils font partie du décor»,     
Tous ces jeunes qui ont la danse dans le corps.     
«A la reconquête de l’espace public»,     
Les femmes s’expriment par de justes répliques.    
«Les hommes occupent les lieux, les femmes subissent».     
Pour parler des interdits sexistes, ils sont six.     

Une sincère et documentée réflexion     
Analyse les phénomènes d’exclusion.     
Partant des médias, ils épluchent le langage,     
Expliquant aussi l’orientation des images     
Et la façon de présenter certains sondages.     

Entre montage et démâtage de séquences,     
On monte en épingle ce qui revêt le sens     
Que l’on désire montrer, de toute évidence,     
Orientant les gestes pour que monte l’audience.     

«La France a peur, et c’est un sentiment qu’il faut»      
«Déjà que nous combattions je crois». Est-ce faux ?    
«Mise en abyme» du «mythe de la banlieue»     
Qu’il faut considérer avec de nouveaux yeux.          

«Peut-on parler à la place des autres» ? Est-ce     
L’aveuglement, la surdité, qui n’ont de cesse     
De stigmatiser la compréhension des maux     
Qui blessent la société prise dans l’étau …      
L’empêchant de saisir la puissance des mots.    
Or «cette langue, c’est la langue de ma peau» !    
«Théâtre Paris-Villette, Onze Gilgamesh»,     
De l’intelligence, ils vont ranimer la mèche.


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«Terreur». Un procès-fiction de Ferdinand von Schirach. Traduction Michel Deutsch. Mise en scène, Jeu Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Rolland. Et avec Frédéric Jeannot, Céline Martin-Sisteron, Johanne Thibaut. Par la «Compagnie Hercub». (Paris, 26-05-2021, 15h00)★★★★ (Festival d’Avignon 2021)

«Théâtre Belleville» et «Onze Gilgamesh»,      
Afin de vous prendre à témoin ils sont de mèche.     
Un grand procès haletant et spectaculaire     
Où sont mises à vif les vérités éphémères.     

«Laura Khor, Commandante dans l’Armée de l’Air»,    
Se voit accusée d’«homicide volontaire»      
«Avec préméditation», ayant provoqué     
La destruction d’un Airbus, ce qui a choqué.     

Mais quelle autre possibilité avait-elle,     
Face au terroriste, à sa menace réelle ?     
Quand les tirs de sommation n’intimident pas     
Et que l’avion ne réagit en aucun cas …
     
«Si je ne tire pas maintenant, des milliers»          
«De personnes vont mourir». Comment concilier     
Les soixante-dix mille vies à épargner,     
Et celle des cent soixante-quatre passagers ?     

Mais aucun «ordre d’évacuation du stade»     
Ne vint. Tous se turent face à leurs dérobades.      
En cas d’urgence, seulement quinze minutes     
Suffiraient pour vider les lieux sans heurts ni luttes.     

«Laura Khor avait-elle le droit de tuer» ?     
Question pernicieuse qui peut perpétuer     
Tous les doutes     
Qu’on redoute.     

Femme brillante et extrêmement compétente     
Qui sait garder son sang-froid contre toute attente.     
Posée et réfléchie, elle fait son devoir.     
Pour le démontrer, du courage il va falloir.     

«Même si je n’avais pas tiré, ils seraient tous morts»,     
Les passagers et les supporters, bien qu’on le déplore.     
Sur scène, un procès de haute voltige explore     
Morale et esprit de justice qui déflorent     
Les intimes convictions,     
Les profondes réflexions.     
Constante interrogation     
De valeurs en perdition.     

C’est un spectacle formidablement conçu,     
Admirablement interprété, au vécu     
Surprenant. Aucune expression n’est superflue     
Dans ce texte dense au solide contenu.     

Il n’existe pas de certitude en morale.     
Principe de dignité de l’homme normal     
Qui, au nom de la Constitution, donne aval,     
Ou non, aux préjugés de cette issue fatale.     

En «plaçant les principes au-dessus de la vie»,     
On met en balance deux modes de saisie     
Dans l’interprétation qu’un procureur induit.     
La manière de poser les questions réduit     
Les possibilités du jugement acquis.     
  
«Une condamnation de Laura Khor»      

«Ne protège pas» du tout «nos vies»,     
«Elle protège nos ennemis»     
Lancés dans un éternel corps à corps.     

«Laura Khor est laissée seule avec sa conscience» …     
Au procès du «moindre mal» au-dessus des sciences     
Incapables d’arriver à l’équivalence     
D’un jugement sur d’hypothétiques «miracles»     
Et sur des faits ne relevant pas d’un oracle.      
Peut-on rester sans réponse aux provocations ?     
Avez-vous des propositions de solutions ?

                     
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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«Vague à larmes». Texte, Mise en scène Myriam Zwingel. Musique, Jeu Eric Bertrand. Et avec Fane Desrues, Karine N’Dagmissou, Benoît Remaud. Vidéos Vincent Graj. Par la «Compagnie Six Pieds Sur Terre». (Captation vidéo en direct, 09-03-2021, 10h30 et 14h30)★★

Slam sur projection de dessins et graphes bleutés,
Univers de tags, rap et masques animaliers,
Où l’on peut devenir des zombies fous à lier.
Conscience envahie d’images en elle pointées
Depuis un ciel où les étoiles vont briser
Les résistances pour mieux les martyriser.

Essai d’analyse de l’embrigadement
Dont le maître-mot est la «manipulation».
La «mécanique de radicalisation»
«Appliquée au thème non religieux». Actions
Qui soulèvent les passions et les réactions.
Comment entrer dans le «centre des émotions»
De tout individu à son corps défendant …

De «Tristesse» et «Peur», ils en sont l’incarnation,
Quand «Colère» et «Joie» pénètrent leurs relations.
Tour à tour, se déchaînent ces grands sentiments,
Tandis qu’ils développent des ressentiments.
Leurs pensées s’emmêlent et s’embrouillent lentement.
Leur cerveau vient à se vider inconsciemment,
Redevenant page blanche pour inscriptions.

Lavé et réensemencé de faux bla-bla
Qui semble aussi vrai qu’un brillant en plein éclat,
Muré, canalisé, il fait n’importe quoi,
Exclusivement nourri de mauvaise foi.

Travestie, toute Vérité devient fatale
Quand Mensonge revêt sa forme originale,
Embrassant n’importe quelle cause infernale.
«On mange leur peur et leur souffrance» animale.
L’humain culpabilisé est proie idéale
Pour croire à tout ce qu’habilement on déballe.

«Les gens ne sont pas ce qu’ils ont l’air d’être» au fond
D’eux-mêmes. Les réseaux sociaux font que se fond
Leur personnalité liquéfiée au contact
De ceux qui y sévissent sans le moindre tact.
 
Deux bancs de touche, témoins des hostilités
Et des discussions sur les faits de société,
Figurent le décor entre deux paravents
Qui dévoilent les personnages issus du vent
De la contestation, lors de leurs dix-sept ans.
Est-ce la prison, ou le bac, qui les attend ?
«Personne n’a rien vu», surtout pas l’important.
 
«Parce qu’elle est moche et qu’elle fait peur»,
«Tu l’écrases», la bête, avec froideur.
«Manipulés par notre propre sœur»
Qui met à jour nos grossières erreurs.
Remettons-nous en question nos valeurs ?

Cause humaine ou animale, on y court …
Peut-on rester muet, aveugle et sourd
Face à la violence qui suit son cours ?
Éviter que, subrepticement, on s’enrôle,
C’est ce à quoi sert l’intelligent jeu de rôle
Où les quatre acteurs savent garder le contrôle.


Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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«Accusé(e)». Écriture, Interprétation Clémence Baron. Mise en scène, Clément Baal, Lucas Biscombe. Et avec Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Romane Savoie, Mathilde Toubeau. Par la «Compagnie La Baronnerie». (Avignon, 23-10-2020, 18h30) (Captation vidéo vue le 27-11-2020)+++

Que ce soit à «La Clarencière» ou au «Théo»,
Au «Verbe Fou» ou au «Sham’s», il n’est pas trop tôt
Pour dénoncer l’impunité des crimes odieux
Lacérant la chair des femmes à la face des dieux.

Adam apparaît, comme sorti d’un tableau,
Portant, lui seul, l’apocalypse sur son dos.
Il semble crouler sous le mal d’un tel fardeau
Et détenir la clef qui livrera les mots.

Vu que «toute action a une répercussion»,
Quel est alors le sens de la satisfaction ?
Au total, «toute chose engendre quelque chose»
Et est la conséquence de ce que l’on ose.
A travers un raisonnement mathématique,
Il explique les mécanismes et les déclics
Du «viol sur mineure sous soumission chimique»,
Tel le GHB qui endort le sens critique.

«Il s’excite dans la souffrance de sa proie»
Se délectant de son refus, de son effroi.
La victime, toujours dénigrée, dégradée,
Comme une menteuse est encore regardée.

Elle poursuit ses études sans grande peine,
Ses notes montrent «une excellente comédienne».
Le procès devient une insurmontable épreuve,
C’est elle qui doit rendre des comptes et des preuves.

Un discours qui la met en infériorité
Dès qu’on examine son intériorité.
«Avez-vous montré des signes distincts de refus» ?
L’humiliation, vécue une énième fois, la tue !

Avec de tels agissements, déposer plainte
Relève du parcours du combattant, éreinte
Et annihile le peu de confiance en soi
Faiblement exprimé, d’une petite voix.

Pour oublier, faut-il résolument se taire ?
Quand l’injuste procès ravive le martyre,
On comprend celles qui ne peuvent plus sentir
Le poids des calomnies qui font rentrer sous terre,
Ravivent les blessures et rendent impossibles
Joie et cicatrisation de la femme cible.
«C’est encore moi qui la domine» et la défie ;
«Je sens malgré tout à quel point je la terrifie».

«Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?»
«Comment je me sens, Madame ?»
«On m’a volé mes souvenirs,»
«On m’a volé mon adolescence»
«Et on m’a projetée à l’âge adulte.»
«Et depuis quand être adulte,»
«C’est se faire violer ?»
«Madame, cette nuit-là,»
«Je me suis demandé»
«Pourquoi il ne m’avait pas tuée»
«Et j’ai vraiment souhaité qu’il l’ait fait.»

«Je ne ressens rien», comme dans un éternel somme,
Qu’ «une haine incommensurable de tous les hommes».
«Impossible de se regarder dans un miroir»
«Sans se sentir laide» et «sale», emplie de désespoir,
Pénétrée de culpabilité, aussi de «crasse»
Indélébile qui occupe toute la place.

La sensation de «mutilation» permanente
Reste à jamais gravée en terreur persistante.
Les «envies suicidaires» et «cauchemars» atroces,
Les «crises d’angoisse» de plus en plus féroces,
Le besoin d’amour désormais inatteignable
Tant on sombre et se perd dans un vide insondable.

«Parole contre parole […] aux yeux de la loi,»
«Çà ne répond à rien» qui fasse vraiment foi.
Sans preuve irréfutable,
Il n’est point de coupable.

Et le procès devient celui de la victime
A laquelle, l’ordre de se taire, on intime.
Contre les offenses,
La loi du silence.

«Je t’ai violée et je ne le regrette pas» ;
(Au tribunal, il ne le répétera pas)
(Debout, à la barre, toujours il le niera)
Ôter le goût de vivre en est le résultat.
Pour parvenir à «se pardonner» à soi-même,
Encore faut-il, qu’un tout petit peu, on s’aime …
Pour elle, cela pose à jamais un problème.

Prise par surprise,
Elle est sous l’emprise
D’un «profiteur» malfaisant
Qui l’a réduite à néant.

Le rédempteur, c’est Adam,
Celui qui va de l’avant,
La conscience qui soutient
Quand il ne reste plus rien.

Le jeune coupable a quitté
La salle d’audience acquitté
Car il n’a cessé d’accuser
La jeune innocente abusée.
Victime ridiculisée,
Refrain souvent utilisé
Pour d’autres proies toujours viser.
Responsabilité usée
D’un jury devenu risée,
Complice de n’avoir osé
Laver son jugement crotté.

Un sujet crucial
Contre la brutale
Arme génitale,
Aux femmes, fatale,
Car l’homme immoral,
En bête anormale,
Détruit quand il râle,
Se croyant vrai mâle,
N’étant qu’animal.

Au viol, s’ajoute un terrible et second outrage,
Celui que fait subir la justice en naufrage
Qui anéantit la femme que l’on dégage,
Balayant son innocence avec force rage.

De victime, on la charge et finit «Accusée»
D’être tout simplement une femme à baiser
Car l’homme trouve naturel de l’abuser.
De quoi se plaint-elle ? Il l’a si bien honorée
Que, toute sa vie, l’horreur va la submerger,
La déchirure à vif, plus jamais réparée.
Peur, douleur et honte, en elle, vont gamberger,
La plonger dans un monde toujours séparé
De ce qu’aurait dû être sa vie à l’orée …

Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge
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«Le corps de mon père». Texte Michel Onfray. Mise en scène, Interprétation Bernard Saint Omer. Par «Rhizomes Compagnie». (Avignon, 21-07-2020, 11h00)★★★★

«Le corps de mon père» mastique tous les mots
Imprégnés d’odeurs du matin, près du fourneau.
L’ombre se fait lumière au contact de la peau.
Les effluves échappées, autour de nous s’assemblent
En descriptions minutieuses qui toutes semblent
Surgir d’un passé encore présent qui tremble
Sous la lame acérée d’écriture au cordeau.

La vie de famille se pétrit sous nos yeux,
Déroulant à fond son long ruban généreux.
Le travail très bien encadré, millimétré,
S’accorde parfaitement au discours lettré
D’un auteur à la précision chirurgicale
Où chaque situation s’intègre et se cale
A l’endroit désiré sans aucune rature ;
De superbes propos denses à forte carrure.

Plusieurs constructions solidement ouvragées
Mettent à l’honneur des formes jamais outragées.
Un récit, emprunt de sueur, qui prend aux tripes,
Dans un rapport charnel avec l’acteur, fabrique
D’intimes frottements d’étincelles électriques
Qui jaillissent de la scène vers le public.
Un goût d’échardes et de café vient à la lippe.

Une traversée de «gestes» d’infinité,
«De la matière dont on fait l’éternité».
Texte sobre et extrêmement riche à la fois
Dont l’habile et juste interprétation fait foi.

Quelques souvenirs, gravés à vif dans la chair.
Échange, entre un père et un enfant, qui suggère
«Que la force de son père n’avait qu’à être»,
«Une fois de plus, sollicitée pour apparaître».
Muscle tendu du bras ferme et autoritaire
Qui apprivoise les entrailles de la terre.

C’est un tableau saisissant de la vie rurale
Où «l’amour et la rage mélangés» ravalent
Des larmes d’admiration face à la «misère»
Qui sème la «révolte» aux confins de l’enfer.
Œuvre approfondie qui secoue comme un éclair,
Ouvre puissamment les sillons d’une pensée
Étudiée, resserrée et finement sensée.

Un tir, sûr, réussi, qui cible bien sa sphère.
Un jeu solide et plein de conviction éclaire
Les tranches d’une mémoire si nécessaire.
Les miettes s’y distribuent avec savoir-faire.

Pain béni, ou pas, circulant dans les artères,
Fait de labeur et de sang, dans une atmosphère
Où un immense souffle s’étend sur les pairs
Unis dans la douleur de ceux qu’on désespère.

Un émouvant message d’amour qui structure
Une représentation chargée de culture,
Dans toutes les acceptions du terme, sans bavures
Autour des plaies qui, à jamais, l’âme, fissurent.
Impressionnant «voyage philosophique offert»,
Par Michel Onfray, «pour les quatre-vingts ans du père».
A voir absolument au «Verbe Fou Littéraire».

Béatrice Chaland / BC. Le Rideau Rouge
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