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Archives de Catégorie: Avignon 2022

«Qui va là ?» D’après Emmanuel Darley. Interprétation Thierry de Pina. Adapté par la «Compagnie Ah le Zèbre !» (Captation vidéo vue le 17-10-2021, 19h30)★★

Conçu comme du théâtre d’appartement,     
Ce spectacle s’inspire du confinement     
Pour que les souvenirs     
Viennent enfin remplir     
Les cases vides de son nouveau rangement.     
Du désert, émergent de riches sentiments     
Recouvrant la pauvreté, de ses errements.              

«Y’a quelqu’un ?» Quête d’identité … «Y’a personne».     
Bruits de pas qui cherchent, se rapprochent et résonnent

Pour combler l’absence et l’emplir de la lumière     
Qui réveille le passé des sombres hivers.     

Une nudité sans fard s’ancre dans le sol     
Tandis qu’il relate tout son manque de bol     
En réflexions pertinentes à peine frivoles.         
«Une chanson douce que chantait sa maman» …      
De l’évocation, que reste-t-il maintenant ?     
Au «Théo Théâtre» il atterrit sûrement.     

Il est tout feu, tout cendres,     
À vif de redescendre     
Pieds sur la terre ferme     
Afin qu’on ne l’enferme.
    
Un curieux OVNI     
Qui rien ne renie     
Et se crée un abri     
Parmi tous les débris.      

Petit côté de L’Etranger d’Albert Camus,     
Naïf et détaché quand plus rien ne va plus.        
Un être décalé, foncièrement perdu,     
A voir le bout du tunnel, enfin résolu.     
Papiers en règle, mais demeure un inconnu.     
Une ironie du sort et un humour macabre     
Quand il monte sur ses grands chevaux et se cabre.     

Une histoire qui déroule ses propres rails,     
Avance ou Recul, jusqu’à ce que ça déraille.     
Sa vie s’écoule sous nos yeux, avec ses failles,       
S’écroule dans un baquet d’eau où il défaille.        

Ce récit surprenant,     
Vraiment intéressant,     
Dévoile poliment     
Le fond du fondement,     
Dans un jeu toujours juste     
Peignant des faits injustes.     

Nuits sur les planches des «Etoiles» d’Avignon,    
Trois petits tours, s’y cacher sous le fameux pont.         
«Sans Scène Fixe», Alexandre le «SDF»,          
«Sans Domicile», se Fixe aux vraies «SSF».     
Dans ces salles     
Il s’installe     
Pour de bon.                   
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Copyright BCLERIDEAUROUGE – tous droits réservés

Note : 2 sur 5.

 

«Premier Amour». De Samuel Beckett. Interprétation Jean Michel. Mise en scène Jean-Pierre Ruiz. Musique en direct Roland Gomes. Par la compagnie «Théâtre Vol de Nuit». (Captation vidéo vue le 27-09-2021, 21h00)★★★

Guitare sur scène et escabeau solitaire,         
Voilà bien le décor planté qui se resserre          
Autour d’un vieil homme chapeauté de mystère          
Et aux pieds nus dans ses galoches de galères.          
Papiers dépliés, repliés, dans pardessus,           
Il a l’air misérable, sans rien de cossu.         

Se tordant les doigts, quand il évoque son père,        
C’est sur son mariage raté qu’il vitupère.          
Mais quel «lien» peut-il être «entre ces deux affaires» ?

Affublé de tics de grattage héréditaire,        
Se complaît en allées-venues au cimetière           
Où il monologue et, sur sa vie, déblatère.            

Visage rieur, et rajeuni par son conte,         
D’emblée il s’attaque aux souvenirs qu’il raconte ;            
Très expressif ; ses descriptions cadavériques         
Le revêtent d’un aspect sobre et véridique.            

Écrit bien travaillé dans un humus, matière          
A faire coexister la mort et la terre.            
Pris en otage dès le début de l’histoire,           
On reste captivés, même sans le vouloir.           

«Invitation au voyage intérieur», poussière              
D’existence autour du deuil, noir mis en lumière.         
Texte, tout compte fait, virulemment joyeux,          
De main de Maître sur un suaire soyeux.            

Obligé de quitter la maison et sa serre,          
Son cœur, à cette perte de chaleur, se serre.                
«Tout s’embrouille dans (sa) tête» parasitée         
Par son «imagination» à ressusciter         
Tout un passé incertain d’avoir existé         
Mais dont les vives «douleurs» l’ont persécuté.                  

Et «les instants où, sans être drogué, ni saoul»,                
«Ni en extase, on ne sent rien», mais rien du tout,         
Laissent dans un état second de flottement            
Où la parole libère son grondement.  


«Parlerai de choses qui n’ont jamais existé»,
Auxquelles la poésie permet de subsister.          
Une introspection, avec talent, régurgitée          
Par un esprit tumultueusement agité.               

Récit qui nécessite une profonde attention             
Pour suivre les méandres de ses contradictions           
Qui font tout le charme de cette âme torturée       
Plus proche des disparus que des vivants murés.          

Écriture d’une fausse naïveté            
Qui laisse toute ouverture aux ambiguïtés.          
Être avec quelqu’un et avoir la liberté         
De penser à autre chose en intimité ;       
Effacer sa présence afin de végéter          
Dans ses réflexions couvertes d’incertitude         
Où l’autre n’apparaît plus que par habitude.            

C’est une ample confession, drôle et émouvante          
Qui, à la fois, enchante autant qu’elle épouvante.         
Absurde discours de génie qui toujours tente             
De saisir au bond le raisonnement d’attente.          

«Peur de partir» et de l’abandon en froideur          
Dans un fracassement qui se teinte d’horreur.           
C’est dans le théâtre «La Croisée des Chemins»        
Que, seul, il affronte son terrible destin.          
Des pages riches d’un cri déchirant, sans frein,           
Qui brûle la peau d’une blessure sans fin.                     
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 3 sur 5.
 

«Seul(s)». Le duo en solo ! De et avec Karim Mendil. Mise en scène Caroline Bal. Par la «Compagnie Les Indiens».  (Avignon, captation du 22-07-2021, 15h00) (Vidéo vue le 27-09-2021)

Une ambiance de croisière avec «Volare»             
Et des applaudissements réquisitionnés.            
Toute la technique des écoles du rire             
Pour remplacer les chauffeurs de salle en délire.            

Un «voyage dans l’inconnu» de ses désirs              
Pour le mélange des genres dans le sourire.              
A «La Petite Caserne», il se sent souffrir                
D’un odieux abandon suivi d’un démentir.               

C’est un spectacle bien lourdement arrosé           
Où chaque vanne y est raffinée et dosée,                
Carburant en liberté et col évasé         
Dans un esprit cravaté de bleu azuré.           

Sautant du coq à l’âne de manière heureuse,            
Il nous balade dans des diversions foireuses        
Qu’il s’arroge le droit de rendre délicieuses.         
Une «Commedia Dell Raté» pour scie sauteuse              
Qui saucissonne ses saynètes rigoureuses.           

«Pari d’humour, dérision, autodérision» ;             
Déni d’amour, confusion, auto-décision …              
Paradis sociaux et maîtrise en prévisions       
D’un futur qui télé-malaxe les visions.              

«Seul en scène» qui dialogue avec le public               
Qui lui assure sa raison d’être éclectique,            
Abordant les sujets de façon sympathique,         
Guettant, chez le spectateur, le moindre déclic.

                                
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  

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Note : 1 sur 5.
 

«Sur un air de Tango». De Isabelle De Toledo. Mise en scène Pascal Faber, Bénédicte Bailly. Avec Michel Papineschi, Chloé Froget, Damien Boisseau. Par la «Compagnie Treize». (Paris, Phénix Festival, 16-06-2021, 21h00)★★ (Festival d’Avignon 2022, La Luna)

Y a-t-il un âge pour être «raisonnable»,        
Pour se ranger et mettre les pieds sous la table,            
Quand profiter d’une vie encore agréable           
Conduit à quelques facéties inénarrables …        

«Sur un air de Tango»,          
Au «Studio Hébertot»,          
Leurs sentiments fluctuent selon la météo,         
Quand l’existence les mène tous en bateau.           

«Julia a des yeux à renverser un cargo»             
Et à faire chavirer bien des matelots.             
Histoire de famille où le cœur vire à l’eau             
De boudin, sur fond marin quand chantent les flots.           

Un sympathique restaurant bistrot de port          
Abrite un chaleureux et fonctionnel décor.             
Une poésie sur un goût de vieux Bordeaux             
Quand les bouchons pètent et que coule le radeau.                 
        
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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Note : 2 sur 5.
 

«La folle et inconvenante Histoire des femmes». Ecriture Laura Léoni. Conception, Interprétation Diane Prost. Mise en scène Laetitia Gonzalbes. Par les compagnies Camélia et «Kabuki». (Paris, 10-06-2021, 20h00)★★★

Au «Funambule»,
Le torchon brûle
En liberté
Tant contestée.

L’indignation l’enflamme
Dès qu’il s’agit des femmes
Qui sans cesse turbinent,
Reléguées en cuisine.

C’est dans les magazines
Qu’elles emmagasinent
Les idées de révolte
Qui, partout, se colportent.      

Une judicieuse remontée historique,     
Du fond des siècles, de la sexualité,     
Défrichée, décryptée, avec habileté,     
Nous démontre, à quel point, tout n’est que politique.

La femme invisible,
En bête nuisible,
Se cache chez elle ;
On rogne ses ailes
Avec un grand zèle.     

Sur l’immense écran d’augustes révélations,     
Elle est «symbole de paix et monnaie d’échange»,     
Certes à condition que jamais elle ne change,     
Accepte toujours de faire des concessions.     

«Chaud et sec comme le désert majestueux»,   
Est l’homme qui «garde son sang» impétueux.     
«Froide et humide» est la femme qui perd ses règles     
Dans ce corps nié et ensemencé en règle.     
Et le «viol conjugal à but reproductif»     
Le confère dans un monde compétitif.      

Si l’on y pense, était-ce au temps du Moyen-Âge,             
Qu’accusée d’être guérisseuse ou trop sage …      
Qu’«enterrée vivante la ferait réfléchir»      
Si, sous le joug de l’homme, elle ne veut fléchir ?     
«Maintenant, c’est juste les plaintes qu’on enterre».     
C’est une mise en bière qui coûte moins cher     
Et c’est une autre façon de la faire taire.     
    
«Droits de la femme et de la citoyenne», absents     
De la déclaration. Qui ne dit mot, consent.     
Un corps rejeté «depuis des milliers d’années»,     
Celui des femmes saignantes, impures et damnées.      
«N’était l’égale de l’homme» qu’en ces deux mots :     
Subir la «punition ou payer les impôts».

Engagement féroce et mordant qui écume     
La société patriarcale qu’elle allume.     
Une brillante interprétation en costume     
Unique et original pour que les coutumes     
Passent vite d’un pli à l’autre et s’accoutument     
A s’envoler aussi haut qu’une belle plume.     
Mise en scène astucieuse éclairant les volumes     
Dans des drapés ou déshabillés qui s’assument.     

Écrit militant qui avance à découvert,     
En témoignage des femmes qui ont souffert.     
Elles sont «la mémoire»     
Qui fait garder l’espoir     
De vraie égalité     
Avant d’être alitées     
Pour toute éternité.     

Un texte fascinant, rempli de fol humour     
Sur le corps des femmes et de leurs folles amours,      
Qui part de l’Antiquité jusques à nos jours,     
Pour mettre le doigt dans les blessures qui courent,     
Les stigmatisant, tel un manque, un trou, tout court,     
Que l’on doit dompter comme dans la chasse à courre.          
       
Béatrice Chaland / b.c.lerideaurouge  
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